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Google veut déployer des kiosques intelligents en ville pour mieux la surveiller

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Qualité de l’air, détection des embouteillages, surveillance des paquets abandonnés et collection de données ultra précises en temps réel, les kiosques de Sidewalk Labs, filiale d’Alphabet, promettent une ville meilleure, mais davantage privatisée.

Sidewalk Labs est une filiale d’Alphabet, elle-même née de la réorganisation de Google l’été dernier, qui s’attelle à un enjeu sociétal de taille, changer nos villes et les rendre plus intelligentes et agréables à vivre. En début de semaine, on apprenait ainsi que la société voulait révolutionner les transports publics en utilisant la puissance des services de Google, maintenant c’est son kiosque connecté et urbain qui fait la Une.

Des bornes pour rendre la ville plus intelligente

La filiale du géant américain propose déjà aux villes à travers le monde de s’équiper de ses kiosques de près de 3 mètres de haut.

D’ailleurs New York en a déjà installé environ deux cents, qui proposent par défaut des connexions Wi-Fi, la possibilité de passer des appels aux Etats-Unis, le rechargement d’un smartphone en USB ou des indications pour se rendre d’un point A à un point B. Chaque kiosque intègre un clavier, une tablette tactile pour surfer et un bouton d’appel d’urgence.

Une nouvelle génération bardée de capteurs

Mais une évolution de ces bornes pourrait bien aller plus loin. Elles sont équipées de capteurs, révèle Recode qui s’est procuré leur documentation promotionnelle, pour pouvoir contrôler les piétons, les vélos et le trafic automobile alentour. Même les appareils électroniques dotés d’une connexion sans fil pourront être surveillés.

Au-delà de ce suivi des flux humains, le kiosque de Sidewalk labs écoutera également les bruits de la rue et filmera même ce qui s’y passe. Des caméras permettront ainsi de surveiller le voisinage d’une borne et de détecter, par exemple, un colis abandonné ou une évacuation d’eau bouchée. « La plate-forme de capteurs du Kiosque va aider à gérer des problèmes complexes quand les retours du terrain en temps réel sont nécessaires », explique la brochure.

Il permettra donc de « comprendre et mesurer les embouteillages, d’identifier les situations dangereuses comme une fuite de gaz, de mesurer la qualité de l’air et d’identifier des problèmes qui nuisent à la qualité de vie, comme les camions dont le moteur tourne en stationnement ».

Quatre classes de capteurs pour quatre types de surveillance

Sidewalk Labs a travaillé avec un laboratoire du ministère américain de l’énergie pour tester des dizaines de capteurs différents répartis en quatre domaines d’application. Les capteurs environnementaux vont mesurer l’humidité, la pression atmosphérique, la température de l’air, de la rue et des trottoirs. Les capteurs de substances polluantes de l’air détecteront les particules d’ozone, de monoxyde de carbone, de nitrogène, etc. De quoi mesurer les pics de pollution mais aussi les anomalies.

La troisième catégorie de capteurs est destinée à superviser et analyser les vibrations produites par des véhicules, des champs magnétiques, des sons. Les infrarouges et ultraviolets seront aussi surveillés. Enfin les derniers capteurs se rangent dans la catégorie Activité urbaine. Ils collectent des données anonymisées sur les appareils sans-fil (Wi-Fi) qui passent à portée.

Un nouveau modèle de récupération et d’analyse des données

La brochure de ces kiosques explique que chaque ville sera libre de choisir quels capteurs équiperont les bornes installées et donc le degré de surveillance du voisinage. « Nous pensons qu’agréger ces données publiques contribuera à permettre aux start-ups de développer des produits innovants pour les espaces publics », dit un document récupéré par Recode. Autrement dit, l’ensemble des données collectées pourra être utilisée à diverses fins… pour le bien public ou des intérêts privés. Alphabet, la maison mère de Sidewalk Labs a déjà indiqué avoir l’intention d’utiliser le suivi des appareils mobiles et la surveillance vidéo pour calculer la vitesse moyenne des véhicules et piétons et établir une estimation du temps de trajet moyen sur une portion de rue. Ces données seront alors envoyées au serveur de Google Maps, qui sert de GPS à de nombreux utilisateurs.

Couverture de la ville de New York avec les bornes LinkNYC, de première génération.
Couverture de la ville de New York avec les bornes LinkNYC, de première génération. © Sidewalk Labs

Un modèle économique tourné vers la publicité

Se pose évidemment la question des coûts. Chaque kiosque est fourni gratuitement à la ville, mais cette dernière devra régler les frais d’installation (environ 12.000 dollars) et de connexion à la fibre optique (environ 15.000 dollars). Sans compter une contribution à un système de garantie matérielle (environ 5.000 dollars). S’ajoutent à ces sommes, les frais de maintenance 1.440 dollars, plus 2.400 dollars de factures annuelles d’électricité plus la coquette somme de 8.400 dollars de frais de connexion à la fibre. Pour 100 kiosques et au cours de la première année, une ville devrait débourser environ 4,5 millions de dollars… Mais, Sidewalk Labs est à bonne école et sait construire une modèle économique basé sur la publicité. Ainsi, si une ville accepte d’intégrer des écrans de 55 pouces dédiés à l’affichage de réclame, Sidewalk Labs paie les 23.000 dollars d’installation des écrans et s’engage à reverser la moitié des 60.000 dollars de revenus publicitaires générés par chaque borne chaque année… En moins de deux ans, un kiosque pourrait donc être rentabilisé si les calculs et prévisions de Sidewalk Labs sont justes. A croire que tout le monde est gagnant… Sauf l’espace public qui se privatise alors davantage.