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Encadrement de la pornographie en ligne: pourquoi c’est si compliqué?

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- - Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Malgré de nombreuses tentatives, l’accès aux contenus pornographiques par les mineurs ne parvient pas à être jugulé. En dépit du développement de nouveaux outils de contrôle, les obstacles restent nombreux.

Ce 20 novembre, Emmanuel Macron a dévoilé de nouvelles mesures pour mieux limiter l’accès aux contenus pornographiques par les mineurs. Le chef de l’Etat a notamment lancé un ultimatum aux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) pour mettre en place un contrôle parental "par défaut". Si ces solutions, qui existent depuis de longues années, peuvent se révéler efficaces, plusieurs freins subsistent pour protéger totalement les plus jeunes.

Des plateformes souvent basées à l’étranger

En France, proposer des contenus pornographiques à des mineurs est passible de sanctions pénales. Mais encore faut-il mettre la main sur les propriétaires des sites pornographiques, qui se contentent dans le meilleur des cas d’un simple message d’avertissement visant les moins de 18 ans. Malgré l'illégalité apparente de certains sites, il est difficile, voire impossible de poursuivre leurs dirigeants en justice.

Des milliers d’entre eux sont hébergés sur des serveurs en dehors du territoire français ou de l’Union européenne, dans une opacité presque totale. Même les entreprises les plus importantes du secteur semblent hors de portée. Ainsi, le géant MindGeek, qui possède notamment les sites YouPorn ou PornHub, est souvent accusé de diffuser des contenus dont il n’a pas les droits. Sans pour autant être inquiété par la justice. La firme est actuellement domiciliée au Luxembourg, et dispose de bureaux dans plusieurs grandes villes à travers le monde.

La difficile vérification de l’identité

En France comme dans plusieurs pays européens, les gouvernements imaginent de nouvelles méthodes pour empêcher l’accès aux contenus pornographiques par les mineurs, avec une efficacité très relative. La dernière initiative en date concerne le Royaume-Uni, où le projet de contrôle d’identité en ligne a été abandonné, notamment en raison de solutions jugées trop imparfaites.

En obligeant l’internaute à fournir une pièce d’identité aux géants comme MindGeek, la loi imposerait de fait la création d’immenses bases de données particulièrement sensibles, confiées à des entreprises peu scrupuleuses et/ou pouvant faire face à de potentiels piratages.

En novembre 2018, le gouvernement français avait proposé l’utilisation de tiers de confiance, en charge de valider l’âge de l’internaute pour le compte du site pour adultes, sans transférer sa pièce d’identité aux géants de l’industrie du porno. Un projet qui n’a pour l’heure pas abouti.

Un coût supplémentaire pour les abonnés?

En interpellant les opérateurs téléphoniques, Emmanuel Macron met en avant la solution de logiciels de contrôle parental proposés par les opérateurs téléphoniques, qui existe depuis de longues années. Si certains fonctionnent à l’aide de listes de sites à bloquer, forcément incomplètes, d’autres ont déployé des technologies plus évoluées.

C’est le cas de Xooloo, spécialiste français du secteur et sous-traitant des systèmes de contrôle parental d’Orange, SFR et Bouygues Telecom, dont les logiciels de protection fonctionnent sur ordinateur comme sur smartphone. Auprès de BFM Tech, l’entreprise assure que son service utilise l’apprentissage automatique pour détecter tout contenu pornographique et le camoufler auprès des plus jeunes. Les contenus qui passent entre les mailles du filet sont quant à eux signalés puis vérifiés individuellement.

Mais cette solution n’est pas gratuite: certains opérateurs ont choisi de l’intégrer à leurs forfaits, tandis que d’autres la facturent. A terme, sa généralisation obligatoire pourrait constituer un coût supplémentaire pour les fournisseurs d’accès à internet, susceptible d’être répercuté sur le prix des forfaits.

Plus réaliste que la vérification de l’identité en ligne, le contrôle parental s’avère toujours imparfait: il est essentiellement basé sur la navigation en ligne, mais ne s’applique pas à certaines applications liées à des réseaux sociaux comme Twitter, où les contenus pornographiques sont acceptés.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech