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Contrôler l’accès aux sites pornographiques: la solution inapplicable de Marlène Schiappa

Marlène Schiappa a fustigé les propos tenus par le pape François dimanche sur les enfants homosexuels

Marlène Schiappa a fustigé les propos tenus par le pape François dimanche sur les enfants homosexuels - Bertrand Guay - AFP

La secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes souhaite faire pression sur les producteurs et les diffuseurs pour mieux limiter l’accès des mineurs aux contenus pornographiques en ligne.

“On ne peut pas laisser des enfants pré-pubères et des jeunes adolescents avoir comme seule représentation de la sexualité une représentation issue de la pornographie.” Interrogée ce 9 septembre sur le sujet de l’accès des plus jeunes à des contenus pour adultes, Marlène Schiappa a décrit une situation hors de contrôle.

Afin de mieux protéger les enfants, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes évoque la création de “filtres” permettant de réserver l’accès des sites pornographiques aux internautes majeurs.

Une base de données très sensible

Sur le papier, cette solution, déjà évoquée par les gouvernements précédents, permettrait de faire appliquer le droit existant. Dans les faits, il sera difficile de mettre un terme à l’accès aux contenus pornographiques par les moins de 18 ans. Comme le rappelle le site Next INpact, la mise en application d’un filtrage, concrétisé par la demande de pièces justificatives à l’internaute, pourrait avoir des conséquences importantes concernant la vie privée.

Pour limiter l’accès aux personnes majeures, les sites pornographiques pourraient demander à l’internaute de transmettre une pièce d’identité. Mais avec près de 30 milliards de visites annuelles rien que pour le site Pornhub, cette obligation impliquerait de créer un gigantesque fichier regroupant tous les consommateurs de films pornographiques. En mettant de côté la question sensible de la confidentialité, chaque plateforme devrait alors assurer la sécurité de ces données. Après le piratage de nombreux géants du Web, dont le site d’adultère Ashley Madison, la confiance devrait être difficile à obtenir.

Les Britanniques s’en remettent à Pornhub

En Grande-Bretagne, où le gouvernement a fait voter une loi destinée à faire appliquer ce type de filtrage, aucune solution technique ne semble être à l’ordre du jour. Ce sera donc aux sites pornographiques de développer leurs propres outils. Là encore, la question de la bonne sécurisation des données est posée, alors qu’un système baptisé AgeID a été développé par l’entreprise MindGeek.

D’après l’entreprise, la technologie AgeID pourra être vendue à des studios et producteurs de films pornographiques, afin qu’ils puissent vérifier l’âge de leurs clients. Mais MindGeek n’est pas une entreprise spécialisée dans la cybersécurité ou dans la protection de l’enfance. Il s’agit en réalité du groupe qui détient les géants Pornhub, Youporn, RedTube ou encore Brazzers.

Initialement prévue pour le mois d’avril 2018, la mise en application du projet du gouvernement britannique a été reportée au dernier moment. On sait toutefois qu’une amende est prévue pour les sites qui ne respecteront pas la loi, pouvant s’élever jusqu’à 250 000 livres (environ 280 000 euros). Comme c’est le cas avec les sites illégaux de streaming vidéo basés à l’étranger, ces sanctions pourraient être difficile à appliquer.

Convaincre les opérateurs, Twitter et Google

Pour les autorités françaises comme britanniques, il pourrait être pertinent de se tourner vers les opérateurs, qui ont la capacité de bloquer l’accès aux sites qui ne respectent pas la loi. Au risque de se heurter à des accusations de censure dignes de celles qui visent les gouvernements les plus autoritaires. Même accepté, ce blocage généralisé verrait son efficacité limitée. D’abord en raison du faible bagage technique nécessaire pour le contourner (en passant par des logiciels VPN, capables de simuler une connexion autre que la sienne, ou en changeant les fichiers d’accès aux Web de sa machine, baptisés DNS).

Ensuite car même si le gouvernement parvenait à contourner l’ensemble de ces contraintes, il se retrouverait face à un dernier obstacle de taille: les géants américains. Tandis que Facebook pousse la pudeur jusqu’à censurer le tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, Twitter est bien plus permissif. Sur le réseau social, qui compte plus de 20 millions d’utilisateurs français, les contenus pornographiques sont librement accessibles, sans le moindre avertissement.

De son côté, Google n’impose aucune restriction avant d’afficher des images pornographiques dans son moteur de recherche, pour peu que les mots-clés soient suffisamment équivoques et que l’outil SafeSearch soit désactivé - ce qui est le cas par défaut. Lors de son intervention, Marlène Schiappa n’a en revanche pas évoqué les solutions déjà existantes. “Des filtres parentaux efficaces existent depuis de longues années”, explique Stephen des Aulnois, rédacteur en chef du Tag Parfait, un site dédié à “la culture porn”. “Politiquement, il est peut-être plus simple de taper sur les plateformes que de rappeler les responsabilités des parents”, conclut-il.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech