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Coronavirus: comment le gouvernement a envoyé un SMS à tous les Français

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Entre lundi soir et mardi matin, l'ensemble des Français a reçu un SMS d'alerte du gouvernement. Ce qui a soulevé de nombreuses interrogations, tant sur la méthode utilisée, que sur les moyens mis en oeuvre pour récupérer les numéros de téléphone, ou encore sur la question de la légalité de cette pratique.

“Alerte Covid-19. Le Président de la République a annoncé des règles strictes que vous devez impérativement respecter pour lutter contre la propagation du virus et sauver des vies”. Dans la foulée du discours d’Emmanuel Macron prononcé lundi soir, certains Français ont reçu un SMS d’alerte sur leur smartphone jusque tard dans la soirée. D'autres ont dû attendre le lendemain matin.

En novembre 2018, le Parlement européen avait enjoint tous les pays membres à trouver un système d’alerte par téléphone portable dans les trois ans, afin de prévenir les citoyens européens et voyageurs des Etats membres de l'Union européenne en cas de menace imminente, d'attentat ou de catastrophe naturelle, sans qu’ils n’aient à faire de manoeuvre particulière. 

L'option du "cell broadcast" 

La France a visiblement trouvé la solution. Plusieurs options s’offraient au gouvernement. Tout d’abord le “cell broadcast”, un système qui envoie des alertes par diffusion cellulaire, plébiscité par plusieurs pays comme les États-Unis, le Canada ou encore les Pays Bas. 

Il présente un avantage: les numéros de téléphone n’ont pas besoin d’être connus. Les messages sont envoyés au niveau d’une "cellule" télécom, permettant "d’arroser" tous les téléphones situés dans la zone, à l’image d’un programme radio ou télé.

Ce procédé permet de cibler une zone géographique en particulier, à l’échelle d’une ville ou d’une région. Cette option avait été évoquée lors de l’accident de l’usine Lubrizol. Il n’a finalement pas été utilisé. 

Un envoi par vagues

Reste le “SMS-MT” ou “mobile terminated”, système choisi par le gouvernement, selon Alexandre Archambault, avocat au barreau de Paris et spécialiste des questions numériques et de propriété intellectuelle. C’est le procédé utilisé par les entreprises pour faire du marketing direct sur la base d’un fichier client. 

Le “SMS-MT” est “conditionné à des quotas d’émission pour lisser la charge”, rappelle Alexandre Archambault. “Il y a près de 77 M (millions, ndlr) d’envois à faire, alors que jusqu’à présent c’était des campagnes à quelques millions”, ajoute-t-il. Ce qui explique pourquoi le SMS a été envoyé par vagues et qu'une partie des Français ne l’a reçu que le lendemain matin. Problème qui ne se serait pas posé avec le "cell broadcast". 

Les opérateurs prennent le relais

Certains s'inquiétaient des méthodes utilisées par le gouvernement pour récupérer les numéros de téléphone des Français. Sur Twitter, des internautes se demandaient par exemple si les informations de contact renseignées sur les sites officiels avaient été utilisées. La réponse est non. Comme pour le "cell broadcast", le gouvernement n’a pas eu besoin du numéro de tous les Français. 

"Les opérateurs comme Orange, Free ou SFR font tampon. Ils ne livrent pas les numéros au gouvernement, ils envoient les SMS pour lui", explique Alexandre Archambault, interrogé par nos confrères de Checknews
"La consigne est donnée d’envoyer le SMS à tout le parc de cartes SIM. La preuve? On a eu des retours de personnes qui ont reçu le texto sur la carte SIM dans leur voiture par exemple. Le SMS a donc vraisemblablement vocation à être envoyé à tous les numéros, ce qui représente environ 80 millions de textos", ajoute-t-il. 

Le gouvernement n'a donc pas eu accès aux numéros de téléphone des Français. Et "l'Etat n'a pas demandé aux opérateurs de lui livrer le répertoire de ses abonnés pour savoir si tout le monde respecte bien le confinement", précise Alexandre Archambault à BFM Tech. 

Une pratique encadrée

Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) prévoit ce genre de scénario. Le consentement des personnes n'est pas requis pour le traitement d'une donnée personnelle quand "la sauvegarde des intérêts vitaux" de la population est en jeu ou si elle est "nécessaire à l’exécution d’une mission d’intérêt public", précise la Cnil, le gendarme français des données personnelles..

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech