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Chanter a capella sur YouTube, une parade pour contourner les droits d'auteur?

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- - Sous licence Creative Commons CC0

Dans les faits, chanter a capella permet de contourner Content ID, l'outil de détection des infractions au copyright de YouTube. Mais ça ne rend pas pour autant légal l'utilisation de la musique sans en avoir acquis les droits.

Des youtubeurs pensent avoir trouvé une solution radicale pour éviter les infractions au droit d’auteur: chanter a capella. Sur YouTube, se moquer des vidéos Tik Tok (ou anciennement Musically) est devenu un genre à part entière qui ne plait évidemment pas à son propriétaire chinois, Bytedance.

L’année dernière, le youtubeur PaymonyWubby en a fait les frais. Sa vidéo "ce que font vraiment vos enfants sur Musically" a été signalée par Bytedance pour "infraction au droit d’auteur" et supprimée par YouTube. Il n'est pas précisé de quelle oeuvre Bytedance revendique les droits.

Se rebeller est un jeu dangereux pour les vidéastes. Quand un youtubeur est reconnu coupable d’une infraction au copyright, il reçoit un "strike", un avertissement de la part de Google. Au bout de trois, il peut voir son compte définitivement supprimé. Alors, pour parler de la tendance étrange qui consiste à se filmer sur Tik Tok après son divorce, le vidéaste Kurtis Conner (1 million d’abonnés) a entrepris de chanter a capella toutes les chansons utilisées par les "tiktokeurs" dans leurs vidéos. Sa vidéo comptabilise près de 1,2 million de vues.

Quelques jours plus tard, le youtubeur Danny Gonzalez (2,1 millions d’abonnés) lui a emboîté le pas pour sa vidéo "la mère la plus bizarre de Tik Tok".

Est-ce que ça marche? 

Le youtubeur PaymonyWubby qui a vu sa vidéo sur Musically supprimée après un signalement de Bytedance accuse Youtube de ne pas respecter le "fair use", ou "usage loyal" qui permet de contourner les droits d’auteur dans certains cas. Il existe un équivalent plus contraignant en France: l’exception de courte citation. Pour utiliser une œuvre librement sans rémunérer son propriétaire, il faut que l’extrait utilisé soit court, dans un but critique, pédagogique ou encore scientifique et que les crédits soient clairement indiqués.

"Si on prend en considération uniquement les droits d'auteur sur la musique, chanter a capella ne rendra pas pour autant l'utilisation d'une chanson légale en France", explique Eloïse Wagner de la chaîne YouTube 911 Avocat, à BFM Tech.

Il existe en effet plusieurs ayants droit: ceux de l’enregistrement (chanteur, producteur) et ceux de l’œuvre musicale (compositeur et le parolier). Ces derniers peuvent donc revendiquer des droits sur une chanson interprétée a capella.

"Cette combine permet quand même de contourner Content ID", commente l'avocate. Content ID est un outil développé par YouTube pour repérer les infractions au droit d'auteur. Le principe est simple: l’auteur envoie à YouTube son œuvre audio ou visuelle. Une "empreinte" est alors créée et enregistrée dans une base de données. Content ID est ensuite capable de repérer les vidéos qui utilisent sans autorisation cette oeuvre. Si c'est le cas, l'ayant droit peut ensuite décider de faire bloquer la vidéo ou de la monétiser.

Par contre, si les ayants droit de l’œuvre musicale font un signalement manuel pour infraction au droit d'auteur, les vidéastes qui chantent a capella seront sanctionnés. 

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech