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Application StopCovid: le gouvernement n'utilisera pas la plateforme d’Apple et Google

Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique, à l'Assemblée nationale le 9 juillet 2019

Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique, à l'Assemblée nationale le 9 juillet 2019 - AFP - Martin Bureau

Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du numérique, ferme la porte à la solution proposée par les deux géants américains, notamment pour faire fonctionner correctement l’application StopCovid sur les iPhone.

“C’est une question de souveraineté sanitaire et technologique”. Dans une interview accordée au JDD, Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, annonce que le gouvernement n’utilisera pas la plateforme mise à disposition par Apple et Google pour servir de “moteur” à l’application StopCovid. “StopCovid sera la seule application totalement intégrée dans la réponse sanitaire de l’État français. Cela ferme le débat”, conclut-il auprès de l’hebdomadaire.

Le gouvernement travaille sur StopCovid, une application capable de créer un historique des smartphones détectés à proximité par le capteur Bluetooth, et d’afficher une alerte si l’un des propriétaires des mobiles croisés dans les 14 derniers jours s’est signalé comme malade du Covid-19. Un fonctionnement qui implique un accès permanent à la fonction de Bluetooth, ce qu’empêche iOS, le système d’exploitation mobile d’Apple, pour des raisons de confidentialité et de gestion énergétique.

Afin d’aider les gouvernements dans leur tâche, Apple et Google ont annoncé le 10 avril mettre à leur disposition une base commune, pouvant être utilisée et adaptée par toutes les applications gouvernementales basées sur le Bluetooth. Cette plateforme logicielle ayant notamment pour avantage de leur accorder une exception dans l’accès permanent aux fonctions Bluetooth. Elle leur permet également de paramétrer certains critères (durée d’exposition, intensité du signal capté pour évaluer la distance) afin de définir un cas contact.

A l’Etat “de protéger les Français”

En revanche, la plateforme commune d’Apple et Google prend elle-même en charge la gestion des identifiants anonymes liés aux smartphones des utilisateurs de l’application. Une responsabilité que ne souhaite pas déléguer le gouvernement français. 

“C’est la mission de l’État que de protéger les Français: c’est donc à lui seul de définir la politique sanitaire, de décider de l’algorithme qui définit un cas contact ou encore de l’architecture technologique qui protégera le mieux les données et les libertés publiques”, plaide Cédric O, toujours auprès du JDD.

Le secrétaire d’Etat, qui rappelle que les iPhone représentent 20% des mobiles en France, admet que l’application StopCovid ne pourra pas fonctionner correctement sur le mobile d’Apple. Il annonce avoir demandé une dérogation spécifique au fabricant pour offrir au gouvernement un accès spécifique aux fonctions des iPhone. Une demande qui n’a pour le moment pas abouti.

D’autres problèmes pourraient également concerner Android, dont les dernières versions limitent également l’usage du Bluetooth. Par ailleurs, les smartphones iOS et Android, afin de gérer l’utilisation de leur mémoire vive, sont programmés pour “éteindre” les applications utilisées en arrière-plan, telle que pourrait l’être StopCovid, notamment sur les appareils les moins puissants. Un problème que le gouvernement devra également solutionner sans l’aide d’Apple et Google, les seuls à avoir la main sur les écosystèmes iOS et Android.

Toujours auprès du JDD, Cédric O se refuse à afficher toute ambition concernant le pourcentage d’utilisation de l’application StopCovid, qu’il espère prête pour le 11 mai. “Ce que disent les épidémiologistes, c’est qu’il n’y a pas de seuil minimum de téléchargements nécessaire pour que cette application soit utile.” avance-t-il. Avec 20% des Français non-équipés en smartphones et 20% des Français équipés d’un iPhone, StopCovid, qui ne sera pas obligatoire, pourrait donc ne s’adresse qu’à 60% des Français lors de sa sortie.

la cnil rend son avis

Ce 26 avril, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a publié un avis sur l'application StopCovid, estimant qu'en l'état, elle était conforme à la réglementation européenne sur la protection des données personnelles (RGPD). Elle rappelle toutefois l'impératif d'efficacité de cette application, qui dépendra notamment de sa disponibilité à grande échelle.

"La CNIL estime que l’application peut être déployée, conformément au RGPD, si son utilité pour la gestion de la crise est suffisamment avérée et si certaines garanties sont apportées. En particulier, son utilisation doit être temporaire et les données doivent être conservées pendant une durée limitée. La CNIL recommande donc que l’impact du dispositif sur la situation sanitaire soit étudié et documenté de manière régulière, pour aider les pouvoirs publics à décider ou non de son maintien." explique l'autorité admnistrative. "Dans son avis, la CNIL rappelle que l'utilisation d'applications de recherche des contacts doit s’inscrire dans une stratégie sanitaire globale et appelle, sur ce point, à une vigilance particulière contre la tentation du "solutionnisme technologique". Elle souligne que son efficacité dépendra, notamment, de sa disponibilité dans les magasins d’application (appstore, playstore…), d’une large adoption par le public et d’un paramétrage adéquat." ajoute-t-elle.
https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech