Tech&Co
Twitter

Y-a-t-il vraiment moins de discours de haine sur Twitter comme l’affirme Elon Musk?

Contrairement à ce qu’assure Elon Musk, le nombre et la viralité de tweet haineux n’ont pas baissé et se sont même multipliés selon une étude. La réintroduction de comptes comme celui de Donald Trump ne va pas arranger les choses.

Elon Musk est sûr de lui. Graphique à l’appui, il affirme ce jeudi que "les impressions de discours haineux ont diminué d'un tiers par rapport aux niveaux d'avant le pic. Félicitations à l'équipe de Twitter !”

Le milliardaire ne donne aucune source sur laquelle il s'appuierait pour fournir ses chiffres. Mais selon le graphique, dès le jour du rachat de Twitter le 28 octobre, le nombre d’impressions sur les tweets haineux auraient drastiquement baissé.

Alors que les équipes de modération de Twitter ont été licenciées ou ont démissionné, elles seraient aujourd’hui réduites au maximum. Elon Musk n’a d'ailleurs pas non plus attendu qu’un conseil de modération soit formé pour réhabiliter certains comptes bannis de longue date comme celui de Donald Trump, mais aussi celui de Jordan Peterson, provocateur d'extrême droite, de Babylon Bee, organe satirique conservateur ou encore de Kanye West, qui avait été banni pour avoir tenu des propos antisémites.

Et cela devrait aller de mal en pis, car une étude de Digital Planet de l'Université américaine Tufts de Boston montre qu’avant même le retour de ces comptes, le nombre de tweets haineux a augmenté de manière croissante. Depuis son retour sur Twitter, Trump n'a pas utilisé son compte, mais les chercheurs avertissent depuis des mois que son retour pourrait entraîner une vague de haine et de désinformation sur la plateforme. L’étude de millions de tweets montre que les discours haineux sont devenus plus visibles sur Twitter sous la direction de Musk.

"Une place beaucoup plus importante"

Pour leur étude, les chercheurs de l’Université Tufts ont analysé les discours de haine sur Twitter entre le 1er mars et le 13 novembre, donc avant et après que Musk ait pris possession du réseau social fin octobre. Pour cela, ils ont utilisé le flux de chaque tweet et leur popularité sur 24h. Pour chaque flux reçu, ils ont rassemblé les 20 plus populaires en les classant selon trois catégories: anti-LGBTQ+, raciste ou antisémite.

Résultat, dans les mois précédant la prise de contrôle de Musk, les chercheurs ont trouvé un seul tweet haineux sur les trois listes. Mais, dans les semaines qui ont suivi la prise de contrôle de Twitter par Musk, la même analyse a révélé que “les tweets haineux ont pris une place beaucoup plus importante”. Ainsi, parmi les tweets les plus populaires, 7 des 20 premiers messages de chaque catégorie étaient haineux. Interrogée par le média Wired, Jiore Craig, responsable de l'intégrité numérique à l'Institute for Strategic Dialogue estime “que la recrudescence des discours haineux sur Twitter est troublante car, bien que la plateforme soit petite par rapport aux autres réseaux sociaux, elle a une capacité surdimensionnée à façonner la conversation publique. Cela à cause de sa popularité auprès des journalistes et des politiciens et de la façon dont les médias utilisent les tweets comme un indicateur de l'opinion publique”.

La nouvelle politique de la direction de Twitter et la recrudescence des discours de haine font fuir les annonceurs, pourtant principale source financière de la plateforme, de quoi inquiéter le nouveau patron qui préfère demander à sa communauté si elle souhaite le retour de tous les comptes bannis.

Margaux Vulliet