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Facebook appelé à ne pas laisser Trump revenir sur le réseau social

Donald Trump le 20 janvier 2021 sur la base d'Andrews, près de Washington, au dernier jour de son mandat

Donald Trump le 20 janvier 2021 sur la base d'Andrews, près de Washington, au dernier jour de son mandat - ALEX EDELMAN © 2019 AFP

Le conseil de surveillance de Facebook doit trancher sur le cas Donald Trump, banni du réseau social après les émeutes de janvier au Capitole. Associations et experts appellent à ne pas le laisser revenir.

Donald Trump a été banni de Facebook, mais le conseil de surveillance du réseau social doit décider si l'ex-président américain pourra revenir ou pas. De nombreuses associations et experts l'appellent à ne pas laisser revenir le milliardaire républicain, qui fait actuellement face à un procès en destitution.

Le conseil de surveillance indépendant du groupe (Facebook Oversight Board), qui doit rendre son avis d'ici mi-avril, a reçu plus de 9000 lettres et commentaires sur le sujet. Ses membres peuvent approuver le blocage du compte pour une durée indéterminée, ou imposer à Facebook de laisser revenir l'ancien chef d'Etat, évincé du réseau après les émeutes du 6 janvier au Capitole.

"Notre message est simple: annuler le bannissement de Trump serait une invitation à la violence, à la haine et à la désinformation qui coûteront des vies et saperont la démocratie", a écrit dans une lettre une association anti-Facebook, qui se fait ironiquement appeler le "Véritable Conseil de surveillance de Facebook" (Real Facebook Oversight Board).

"Certains peuvent dire que c'est une question de liberté d'expression. Ils ont tort", poursuit la missive. "Donald Trump peut faire des interviews. Il peut aller sur Fox News. Il peut rédiger des articles d'opinion ou envoyer des courriels", est-il remarqué. "Personne n'a le droit inhérent d'utiliser une plateforme de réseaux sociaux pour répandre la désinformation et inciter à la haine encore et encore ou faire amplifier son message par des algorithmes."

L'ex-locataire de la Maison blanche est accusé au Sénat d'"incitation à l'insurrection" dans l'assaut sur le Capitole du 6 janvier.

Twitter, c'est fini

Les élus lui reprochent ses allégations répétées de fraude électorale, sans fondement, et ses propos d'encouragements pour ses centaines de partisans qui se sont engouffrés violemment dans le siège du Parlement américain. Une attaque qui a choqué tant dans le pays qu'à l'étranger.

"Retirer un dirigeant politique des plateformes devrait être le dernier recours, étant donné les bénéfices (pour la démocratie) d'un débat politique robuste et d'une protection des discours liés aux élections. Mais les actions de Trump justifient de le bannir indéfiniment", a écrit un groupe de professeurs de droit et de philosophie de différentes universités californiennes.

"Si les plateformes avaient accordé à Trump un accès continu à de larges audiences, il aurait provoqué des violences supplémentaires et sapé encore plus la transition du pouvoir", ajoutent les signataires, dont Alex Stamos de la prestigieuse université de Stanford, et ancien responsable de la sécurité chez Facebook.

Twitter, qui avait aussi décidé de bannir Donald Trump de sa plateforme pour incitations répétées à la violence, ne le laissera pas revenir même s'il devait être de nouveau candidat à la Maison Blanche.

"Selon nos règles, quand vous êtes évincé de la plateforme, vous êtes évincé de la plateforme, que vous soyez un commentateur, un directeur financier, ou un ancien ou actuel responsable politique", a justifié le directeur financier de Twitter Ned Segal sur la chaîne CNBC mercredi.

Jack Dorsey, le fondateur et patron de Twitter, avait expliqué début janvier que c'était la "bonne" mesure à prendre, mais qu'elle constituait néanmoins un "échec à promouvoir une conversation saine" et établissait un "dangereux" précédent par rapport au pouvoir détenu par les grandes entreprises.

Démocratie "cassée"

Donald Trump était suivi par quelque 88 millions de personnes sur Twitter, son principal mégaphone. Son ostracisation a été largement saluée, mais elle a aussi suscité des critiques d'associations et de dirigeants, comme la chancelière Angela Merkel, inquiets du pouvoir des sociétés technologiques sur la liberté d'expression.

Le conseil de surveillance de Facebook a vu le jour récemment, sur une initiative du groupe californien, soucieux de gagner en crédibilité sur le problème de la modération, après de nombreux scandales. Ses membres indépendants, des personnalités de la société civile, sont chargés d'évaluer des mesures de la plateforme sur certains contenus jugés problématiques et de rendre des avis contraignants.

Fin janvier, il a tranché ses premiers contentieux, sur des sujets allant de seins nus pour une campagne contre le cancer, aux tensions politiques en Birmanie.

Sa décision sur Donald Trump est évidemment très attendue, comme en témoigne le flot d'opinions reçues jusqu'à ce vendredi, la date limite pour le public souhaitant donner son avis.

De nombreuses ONG y ont vu une opportunité de rappeler le rôle joué, selon elles, par les réseaux sociaux, où des mouvements violents ont pu s'organiser depuis des années, propager des fausses rumeurs et rallier de nombreux utilisateurs.

"Facebook a permis des mois de mensonges de Trump sur les élections parce qu'ils apportaient de l'attention des utilisateurs et des profits à leur plateforme", a déclaré Jim Steyer, président de l'association Common Sense Media. En le laissant faire, argumente-t-il, "Facebook a quasiment cassé notre démocratie".

P.D. avec AFP