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Etats-Unis: une adolescente accusée d'avortement illégal sur la base de ses messages privés Facebook

Une Américaine de 17 ans est accusée d’avoir avorté illégalement au Nebraska. Ces accusations interviennent après que Facebook a donné à la police les conversations privées de la jeune femme.

Le 24 juin, la Cour suprême a révoqué le droit à l’avortement aux Etats-Unis. Depuis, les États américains sont libres d’autoriser ou de restreindre la possibilité d'interrompre une grossesse. Au Nebraska, il est interdit de mettre un terme à une grossesse de plus de 20 semaines. Lundi 8 août, le gouverneur du Nebraska, Pete Ricketts, a regretté dans un communiqué que les sénateurs aient refusé d’abaisser ce délai à 12 semaines.

Des accusations portées après l'examen de conversations privées

Dans ce contexte tendu, une adolescente de 17 ans est poursuivie pour avoir mis fin à sa grossesse dans le Nebraska après 23 semaines, indique le média local Lincoln Journal Star. Mais ces accusations ont été portées après l’examen de ses conversations privées transmises par Facebook aux autorités.

Point de départ de l’affaire, la police de Norfolk a reçu une information sur la fausse-couche de la jeune femme en avril, explique Forbes. Des accusations sont donc portées contre Celeste Burgess et sa mère, Jessica Burgess. Il leur est reproché d’avoir dissimulé ou abandonné un cadavre humain et d’avoir dissimulé la mort d’une personne.

Au cours de l’enquête, les autorités ont envoyé un mandat de perquisition au groupe Meta - propriétaire de Facebook et Instagram - pour avoir accès aux conversations privées de l’adolescente. Les données reçues de la part de la plateforme incluent entre autres des informations sur son compte, des images, des enregistrements audio et vidéo ainsi que des messages privés, détaille Bloomberg. C’est seulement après avoir consulté les messages de Celeste Burgess que des accusations d’avortement illégal ont été ajoutées au dossier.

Des demandes pour protéger les données personnelles

Le média américain rappelle que les recherches sur internet, les messages instantanés, les emails, les données de géolocalisation et les appels téléphoniques peuvent révéler des discussions, des achats ou des visites physiques concernant une interruption de grossesse.

Avec le suivi de leurs utilisateurs, Google ou Meta disposent de ces informations. Des élus démocrates et des associations de défense des droits humains avaient demandé aux plateformes de renforcer la protection des données personnelles, dans la foulée de la révocation du droit fédéral à l’avortement. Mais le scénario du pire envisagé par certains est devenu réalité.

Meta s’est défendu d’avoir participé à une enquête liée à un avortement illégal. Dans un court communiqué, le groupe a précisé que le mandat de perquisition reçu le 7 juin (soit avant la décision de la Cour suprême) ne comprenait aucune mention d’une interruption volontaire de grossesse. “Les documents judiciaires indiquent que la police enquêtait à l’époque sur l’incinération et l’enterrement illégaux présumés d’un enfant mort-né”, précise l’entreprise.

Contrairement aux applications Whatsapp ou Signal, Messenger ne propose pas par défaut des conversations chiffrées de bout en bout. Meta est ainsi en mesure d'accéder à l'historique des messages. Et donc de les transmettre aux autorités.

Des positions inégales de la part des plateformes

Face aux risques engendrés par la collecte de données, Google a annoncé le 1er juillet qu’il supprimera les données liées à la visite des plannings familiaux. Les applications de suivi des règles aussi envisagent de sécuriser les données personnelles de leurs utilisatrices. Pour sa part, Youtube a pris la décision de supprimer les contenus donnant des instructions sur des méthodes dangereuses d’avortement, mais aussi les vidéos propageant de fausses informations sur le sujet.

Dans le même temps, le comportement de Meta est quant à lui plus délicat. En plus de la collecte de données, les plateformes Facebook et Instagram ont supprimé les publications proposant l’envoi de pilules abortives. Au sein de l’outil de discussions internes, les employés ont vu leurs messages évoquant le droit à l’avortement supprimés. C’est alors qu’un mémo a circulé dans l’entreprise: “Discuter ouvertement de l’avortement au travail présente un risque accru de créer un environnement de travail hostile.”

Pierre Monnier