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Ces "mineurs" de Bitcoin qui s'offrent de petites centrales hydroélectriques

Près des 2/3 de l'électricité générée par les petites centrales provient de centrales appartenant à la SNCF, à VNF, à des industriels, à des collectivités locales et à des producteurs indépendants.

Près des 2/3 de l'électricité générée par les petites centrales provient de centrales appartenant à la SNCF, à VNF, à des industriels, à des collectivités locales et à des producteurs indépendants. - www.francehydroelectricite.fr

Les "fermes" de serveurs qui s'enrichissent en apportant les ressources nécessaires à la création de nouveaux cryptomonnaies sont gourmandes en électricité. Du coup, elles investissent dans de petites centrales hydroélectriques privées, au Canada ou en France.

En quête d'énergie peu chère, les grandes "fermes" de serveurs qui calculent ("minage") les transactions liées aux cryptomonnaies, se sont déjà installées au Canada ou en Islande. Leurs ordinateurs énergivores y traitent les transactions en cryptomonnaies en utilisant la technologie de la blockchain, très gourmande en calcul, en bénéficiant d'une électricité produite à bas coût.

L'Islande héberge déjà de nombreuses usines informatiques. Leurs énormes capacités de calcul y ont trouvé des énergies renouvelables en abondance (géothermie, hydraulique) qui fournissent 70 % de toute l'énergie du pays.

Au Canada, où l'énergie hydroélectrique est abondante, les petits producteurs indépendants, exploitants de barrages, voient défiler les sociétés qui "minent" du Bitcoin. Attirés par cette électricité produite en marge des réseaux classiques d'énergie, ces "mineurs" de monnaie virtuelles sont prêts à racheter l'électricité et l'installation hydraulique qui la produit, pour s'approprier sa production. "Si on trouve un prix correct, on va vendre" explique au site d'information canadien, lapress.ca, Daniel Auclair, ce propriétaire d'un barrage et d'une petite centrale, à Saguenay au Québec.

Le Québec regorge de centrales privées

"Les petites installations de production d'électricité, qui intéressent le secteur des cryptomonnaies, ont quelque chose en commun. Elles possèdent des droits hydrauliques en pleine propriété et peuvent les vendre sans demander la permission à l'État" explique le site d'information pour expliquer l'intérêt des "mineurs" de Bitcoin pour ces petits producteurs d'énergie hydroélectrique. Or il y a 102 centrales hydroélectriques privées de différentes tailles au Québec, d'une capacité totale de quelque 3700 mégawatts. C'est 10% de la capacité de production d'Hydro-Québec, le puissant fournisseur de cette province canadienne.

En France, le phénomène est balbutiant en dépit du fort potentiel de l'hydroélectrique, qui fournit 20% de la consommation du pays en électricité. Si la loi accorde à EDF l'exclusivité de l'exploitation des grands barrages, elle donne aussi le droit à un indépendant (personne morale ou physique) d'exploiter une petite centrale hydroélectrique pour sa propre alimentation en électricité ou pour la vente de l'électricité.

Un "mineur" de Bitcoin de Nantes s'intéresse à l'Ariège

"Près des 2/3 de l'électricité générée par les petites centrales provient de centrales appartenant à la SNCF, à VNF, à des industriels, à des collectivités locales et à des producteurs indépendants" rappelle le site francehydroélectricite.fr.

La société Bigblock Datacenter, installée à Nantes, qui exploite une ferme de serveurs à Bitcoin, a ainsi prévu, de délocaliser certains de ses serveurs près d'une petite centrale hydroélectrique de l'Ariège. "Certains propriétaires privés français de barrage sont à la peine. En achetant directement leur production, nous pouvons leur assurer un revenu régulier et leur permettre d'éviter les pertes dans le moment de surproduction " explique au quotidien Le Monde, Sébastien Gouspillou, cofondateur de cette société.

Ce pragmatisme économique, tout en ouvrant un marché aux petits producteurs d'énergie, permet de "verdir" l'approvisionnement énergétique d'une activité énergivore, réputée peu respectueuse de l'environnement.

Frédéric Bergé