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Audiovisuel public: la réforme critiquée de toutes parts

Franck Riester lors des rencontres de l'ARP à Dijon

Franck Riester lors des rencontres de l'ARP à Dijon - BFM

Les professionnels comme les politiques jugent excessives les économies demandées par le gouvernement à France Télévisions.

La réforme de l'audiovisuel public a du mal à passer, aussi bien auprès des politiques que des professionnels. C'est ce qu'on a pu constater lors de débats qui se sont tenus la semaine dernière à Dijon aux Rencontres Cinématographiques de Dijon de l'ARP, la société des auteurs, réalisateurs et producteurs. 

Pour mémoire, le gouvernement a annoncé un juin la suppression de deux chaînes hertziennes: la chaîne jeunesse France 4 et la chaîne ultra-marine France Ô. Jeudi, le nouveau ministre de la Culture Franck Riester a promis que, pour les dessins animés et programmes ultra-marins, "le financement sera maintenu".

"Aberration totale"

Mais ces suppressions sont décriées par les professionnels. Quelques jours avant Dijon, le directeur général de la société d'auteurs SACD Pascal Rogard avait pourfendu:

"La suppression de France 4 est une aberration totale, une proposition purement budgétaire. Aucun grand groupe public n'a supprimé sa chaîne pour enfants. Cette décision est marquée du sceau de la restriction budgétaire, pas de l'intelligence. C'est totalement contraire a l'esprit du service public. C'est une décision prise par des technos, pas par Françoise Nyssen, à qui cela a été imposé".

A Dijon, la suppression de la chaîne pour enfants a aussi été critiquée par les deux représentantes de l'UDI. Pour Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission des affaires culturelles du Sénat, cette suppression pose "une vraie question. C'est une chaîne sans publicité. Il y a toute une filière derrière" -allusion à l'animation. Pour la députée Frédérique Dumas, "les décisions qu'on a prises aggravent les fractures. Et la concertation sur l'offre n'en étaient pas une. Aucun service public européen n'a pas de chaîne pour enfants, et la BBC en a deux".

Même la non augmentation de la redevance audiovisuelle en 2019 (stable à 139 euros) a été vilipendée: "depuis 2009, la redevance était indexée sur l'inflation. Cette indexation renforçait la redevance de manière indolore. Or Bercy supprime cette indexation ni vu ni connu. Cela me fait mal au coeur", a déploré la sénatrice Catherine Morin-Desailly. 

Cure d'austérité

Mais c'est surtout la cure d'austérité à venir qui fait l'unanimité contre elle. Rappelons que le gouvernement a annoncé 160 millions d'euros d'économies d'ici à 2022 pour France Télévisions, plus 150 millions d'euros de redéploiements vers le numérique. Jeudi, Franck Riester a promis que, malgré ces coupes sombres, le budget de la création (fictions, documentaires, animation...) "sera sanctuarisé pour l'ensemble des sociétés de l'audiovisuel public".

Problème: il est bien le seul à y croire. Pour Pascal Rogard, si l'on ajoute les économies demandées et les redéploiements, "il y a 310 millions d'euros à trouver. A chaque fois, on promet de ne pas toucher à la création, mais cette promesse n'est pas respectée, et le budget de la création est touché. Car c'est plus facile que de faire des économies de structure".

Pour le sénateur socialiste David Assouline, "dans l'audiovisuel public, tout augmente -la masse salariale...- à hauteur de 25-30 millions d'euros par an. Donc, pour avoir les mêmes moyens, les mêmes capacités qu'avant, il faut en réalité augmenter. Si l'on ajoute les économies demandées et les redéploiements, cela fait beaucoup d'argent en moins. Il ne faut donc pas nous dire que la création est sanctuarisée, comme le ministre l'a dit, parce que ce n'est pas vrai, vous le savez tous. Dire que l'on va résister aux géants du web en baissant le budget, c'est un mensonge. L'audiovisuel public va être affaibli".

Frédérique Dumas (UDI) abonde: "les économies décidées sont considérables. Les glissements, les salaires, c'est 100 millions de plus qui s'ajoutent aux d'économies demandées et aux redéploiements. Comment pouvez-vous imaginer que cela va atterrir? On aura un service public affaibli, abîmé. Et ces économies empêchent la transformation des sociétés".

Bataille de chiffres

Une passe d'armes a notamment eu lieu concernant le montant investi par la création en 2018 par France Télévisions. Selon le contrat d'objectifs et de moyens passé entre l'Etat et France Télévisions, cet investissement doit être d'au moins 420 millions d'euros chaque année entre 2017 et 2020.

Début 2017, dans son plan création, la PDG Delphine Ernotte avait même promis 435 millions d'euros en 2018.

Mais, à l'automne 2017, sa tutelle lui ordonne de trouver des économies. France Télévisions adopte alors un budget 2018 avec 410 millions d'euros, avec la possibilité de monter à 420 millions si le gouvernement donne des garanties pour 2019 et 2020...

Au printemps 2018, Frédérique Dumas interroge les chaînes publiques sur le sujet. "France Télévisions nous a répondu 400 millions. Les économies demandées ont donc bien atterri sur la création", a affirmé la députée à Dijon.

Mais Delphine Ernotte a démenti: "nous n'avons pas touché à la création, nous cherchons à l'augmenter. Cette année, nous allons être à 420 millions d'euros en dépit des coupes budgétaires qui ont eu lieu au dernier moment. Ce sera la même chose l'année prochaine, malgré les économies. Les économies ne porteront pas sur la création".

montant investi par france télévisions dans la création (en millions d’euros)

2010: 392,5 2011: 416 2012: 420,3 2013: 413,7 2014: 407,2 2015: 404 2016: 405,2 2017: 421,4

Source: rapports sur l'exécution des COM

Jamal Henni à Dijon