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Des taux d'intérêt négatifs pour l'Etat, qu'est-ce que ça change pour vous?

Le taux d'emprunt à 10 ans de l'État français est devenu négatif durant un court instant mardi. Déjà bas, celui-ci n'a cessé de diminuer en 2019. Une bonne nouvelle pour les emprunteurs, mais pas pour les épargnants.

Imaginez: vous faites un prêt et ce n'est pas vous, mais votre banquier qui vous verse des intérêts. Cette situation rêvée, l'État français l'a connue, indirectement, pour la première fois mardi.

Le taux d'intérêt de ses emprunts à dix ans, l'OAT (Obligation assimilable du Trésor), est devenu négatif à -0,002%. Autrement dit, si un investisseur a avait prêté 10.000 euros à la France, celle-ci lui aurait remboursé sur dix ans 9999,80 euros. Le taux est rapidement remonté au-dessus de zéro. Il en reste néanmoins très proche et surtout à un niveau bien inférieur de celui de 2018 (0,8% en moyenne).

Comment est-on arrivé dans cette situation?

Les incertitudes sur l'économie mondiale, alimentées principalement par la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, augmentent les risques de pertes sur les actions et les emprunts des entreprises. Les investisseurs se tournent donc vers les dettes souveraines des pays développés, car elles sont plus sûres et permettent ainsi de compenser de possibles pertes. Deuxième économie de la zone euro, la France est un placement idéal car l'Allemagne emprunte de moins en moins et la dette italienne est de plus en plus risquée.

L'autre explication est purement réglementaire. Les professionnels ont l'obligation de proposer à leurs clients des placements financiers composés en partie de dettes d'États.

À cela s'ajoute la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Ses dirigeants ont fait savoir cette semaine qu'elle allait continuer à soutenir l'économie plus longtemps que prévu, certains même ont évoqué la possibilité de remettre l'économie sous perfusion monétaire.

L'État gagnant, les emprunteurs aussi

Bien évidemment, des taux si bas sont une bonne nouvelle pour les comptes publics. Cela signifie que l'État consacrera moins d'argent à rembourser ses dettes. Mais pas seulement.

Le taux auquel emprunte l'État sert de référence pour les taux des crédits aux particuliers. Les banques n'iront pas jusqu'à prêter à des taux d'intérêt négatifs. En France, elles n'y sont pas autorisées. En revanche elles peuvent en proposer des plus avantageux, alors qu'ils sont déjà historiquement bas. 

Pour les crédits à la consommation de 15.000 euros sur douze mois, le taux moyen du crédit auto est déjà de seulement 1,90% et de 1,24% pour un prêt personnel, selon le courtier MeilleurTaux.com. Pour les meilleurs dossiers, les taux peuvent tomber respectivement à 0,8% et 0,4% selon Empruntis. Quant aux taux de crédit immobilier, ils atteignent en moyenne 1,45 % sur vingt ans. Et pour les meilleurs dossier, de 0,5% à 1,1% selon la durée du prêt, d'après Vousfinancer.

Dans un environnement de taux souverains très bas, "le crédit immobilier est plus que jamais stratégique pour les banques, car c’est un moyen rentable et peu risqué de placer" leur argent frais, analyse Jérôme Robin, directeur général de Vousfinancer. Les banques vont continuer à baisser leurs taux, notamment pour attirer les meilleurs dossiers. "Les écarts de taux entre les profils se creusent à nouveau…", constate Sandrine Allonier porte-parole de Vousfinancer. "Les banques ciblent toutes les clients haut-de-gamme, quitte à dégager une plus faible rentabilité au départ sur le crédit en raison des taux très faibles, mais avec un risque proche de zéro et un remboursement plus rapide". Ainsi, elles récupèrent de l'argent frais plus rapidement et peuvent le placer à nouveau dans 10 à 15 ans.

Par ailleurs, attirer des clients avec des taux bas permet ensuite aux établissements de leur vendre des services bancaires, puisque ceux-ci doivent ouvrir un compte dans la banque où ils ont contracté leur prêt.

Les épargnants font triste mine

Si l'avenir semble plutôt radieux pour les emprunteurs, les choses sont bien différentes pour les épargnants. En France, l'assurance-vie est largement plébiscitée avec un encours dépassant les 1700 milliards d'euros. Une partie est investie dans les fonds "sans risque", composés en majorité de titres de dettes d'État. La baisse des taux est donc une mauvaise nouvelle, la France n'étant pas la seule à bénéficier de taux proche ou en-dessous de zéro, à l'instar de l'Allemagne et des Pays-Bas par exemple.

En revanche, les détenteurs d'un livret A n'ont rien à craindre. Son taux étant réglementé, il restera à 0,75% jusqu'au 1er février 2020, date à laquelle le nouveau mode de calcul entrera en vigueur. Et quoi qu'il en soit, la réglementation prévoit un taux plancher de 0,5%.

Dans ce contexte, les épargnants qui recherchent un placement plus rentable se tourneront, soit vers l'immobilier étant donné le faible coût de l'emprunt, soit... vers l'or. L'once vaut plus de 1340 dollars, soit 4,85% de plus qu'en fin d'année dernière.

Jean-Christophe Catalon