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Un vêtement en coton sur cinq vendu dans le monde serait fabriqué dans des camps de travail chinois

Une famille ouïghoure à Kashgar dans le Xinjiang au nord-est de la Chine, le 10 juillet 2009.

Une famille ouïghoure à Kashgar dans le Xinjiang au nord-est de la Chine, le 10 juillet 2009. - PETER PARKS © 2019 AFP

Selon 180 ONG, ces camps seraient essentiellement situés dans la province du Xinjiang où est persécutée la population Ouïghours.

Les persécutions contre les Ouïghours dans la province du Xinjiang en Chine sont régulièrement dénoncées par les observateurs et les organisations de défense des droits de l'Homme. Plus d'un million de personnes issues de cette communauté musulmane seraient internées dans des camps de travail forcé. Des camps de travail où les prisonniers fabriqueraient à la chaîne des vêtements pour les grandes marques de prêt-à-porter occidentales.

Un rapport publié fin juillet estime "qu’environ un vêtement en coton sur cinq vendu dans le monde contient du coton ou du fil venu du Xinjiang est lié au travail forcé des Ouïghours", peut-on lire sur le site Web de l'association Novethic.

Plus de 180 ONG appellent donc les grands noms du secteur à couper tout lien avec cette province pour se fournir. D'autant plus que selon Associated Press et le Wall Street journal, quasiment toutes les grandes marques internationales de l'industrie de l'habillement se fourniraient dans les usines du Xinjiang et seraient donc liées d'une manière ou d'une autre à ces camps.

Remonter le fil de la production

"On ne peut plus ignorer ce qui se passe au Xinjiang et cela a une implication directe dans les biens de consommations qui arrivent sur le marché européen et américain", estime Nayla Ajaltouni, la coordinatrice d’Ethique sur l’étiquette, l’une des 180 ONG à l’origine de l’appel, dans le journal Libération. "Continuer à produire au Xinjiang est, au mieux, irresponsable. Au pire, complice", poursuit-elle.

Face à ce constat dramatique, Novethic souligne que certains groupes ont pris leurs responsabilités, à l'image d'Inditex (propriétaire de Zara entre autres). "Nous prenons très au sérieux les rapports de pratiques sociales et de travail inappropriées dans n'importe quelle partie de la chaîne d'approvisionnement du vêtement et du textile (…) Nous pouvons confirmer qu'Inditex n'entretient aucunes relations commerciales avec des usines du Xinjiang". H&M et Ikéa, après enquête ont décidé de rompre leur lien avec Xinjiang.

Mais "l'un des vrais défis est que les chaînes d'approvisionnement en vêtements sont maintenant si complexes que les entreprises ne savent même pas nécessairement qui sont tous leurs fournisseurs, ou même si elles peuvent identifier tous les fournisseurs. Il leur est difficile de savoir que 80 % du coton chinois est cultivé au Xinjiang", analyse Sophie Richardson, spécialiste de la Chine chez Human Rights Watch. 

Olivier Chicheportiche