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TOUT COMPRENDRE - L'Etat dépense-t-il vraiment 461 milliards d'euros pour faire face à la crise?

En plus du report du paiement de leurs charges sociales, le gouvernement a déjà accordé depuis le début de la crise des reports d'échéances fiscales.

En plus du report du paiement de leurs charges sociales, le gouvernement a déjà accordé depuis le début de la crise des reports d'échéances fiscales. - AFP

Si l'enveloppe globale prévue par le gouvernement pour soutenir l'économie française s'élève à 461 milliards d'euros, tout cet argent ne sera pas dépensé. Une partie reviendra dans les caisses de l'Etat et une autre n'en sortira jamais. Explication.

"L'Etat a mis 450 milliards d'euros sur la table pour sauver l'économie française." Si la somme est depuis passée à 461 milliards d'euros avec le troisième projet de budget rectifié présenté ce mercredi en Conseil des ministres, soit plus de 20% du PIB français, que recouvre cette affirmation du ministre de l'Economie Bruno Le Maire? L'Etat a-t-il ou va-t-il réellement dépensé cette somme colossale qui représente près de 6900 euros par habitant? Et comment se situe l'effort français par rapport à celui de nos principaux? 

Voici ce que représentent concrètement ces 461 milliards d'euros. 

  • L'argent réellement dépensé: 57 milliards d'euros

L'enveloppe réellement mise sur la table pour soutenir l'économie s'élève pour le moment à 57 milliards d'euros, soit un peu plus de 12,3% de la somme totale de 460 milliards avancée par Bruno Le Maire. Il s'agit de sommes "à fonds perdus" que l'Etat a déjà dépensées ou qu'il s'apprête à verser. Ce sont ces dépenses qui vont principalement venir creuser le déficit du Budget qui devrait atteindre cette année le niveau record de 11,4% du PIB.

Cette enveloppe de 57 milliards d'euros comprend principalement le financement du chômage partiel (31 milliards d'euros) qui au plus fort du confinement a concerné plus de 12 millions de Français, le fonds de solidarité qui a permis aux commerçants, aux professions libérales et autres de compenser en partie une chute de leurs revenus (8 milliards d'euros), les dépenses de santé exceptionnelles durant la crise (l'achat de masques, de médicaments...) pour 8 milliards d'euros ou encore l'exonération totale des cotisations pour les entreprises du tourisme (3 milliards d'euros).

Ces sommes-là, à la différence des autres, ne reviendront pas dans les caisses de l'Etat.

  • L'argent avancé par l'Etat: 76,5 milliards d'euros

Il s'agit cette fois de sommes qui sont bel et bien sorties des caisses de l'Etat (ou qui n'y sont pas entrées comme prévu) mais qui sont appelées à y revenir. Le manque à gagner est donc théoriquement temporaire pour les finances publiques. A condition bien sûr que les entreprises qui en ont bénéficié soient dans la capacité de rembourser d'ici la fin de l'année. Cette enveloppe s'élève donc à 76,5 milliards d'euros et comprend principalement le report des impôts et des cotisations pour les entreprises entre mars et juin (32,5 milliards) et le remboursement anticipé des crédits d'impôts aux entreprises (23 milliards).

A cela s'ajoute 20 milliards d'euros de prêts directs aux entreprises et des recapitalisations comme par exemple les 4 milliards d'euros directement prêtés à Air France. "Ce sont des mesures a priori sans impact sur nos finances, sauf si les entreprises font faillite ou ne peuvent plus rembourser", assure-t-on du côté de Bercy qui n'exclut pas que cela puisse arriver.

Même si certaines des entreprises peuvent faire faillite, la mesure est importante puisqu'elle permet de maintenir à flot un plus grand nombre d’entreprises qui, quand elles iront mieux, pourront payer ce qu’elles doivent et aussi assurer les recettes fiscales dont l'Etat aura grandement besoin dans les années à venir.

  • L'argent prêté aux entreprises et garanti par l'Etat: 327 milliards d'euros

C'est évidemment la plus importante partie du plan de sauvetage de l'économie. Mais il ne s'agit pas d'argent dépensé par l'Etat. La France va se porter en quelque sorte caution pour les entreprises qui ont besoin de capitaux pour restaurer leur trésorerie (jusqu'à trois mois) et se tournent pour cela vers des institutions financières (banques privés, Banque européenne d'investissement, FMI...). C'est une mesure a priori sans conséquence sur les finances publiques mais qui peut s'avérer très coûteuse si les entreprises font défaut. 

A date ce sont 95 milliards d'euros de prêts sur lesquels l'Etat a apporté sa garantie. Plus de 500.000 entreprises ont bénéficié de ce dispositif dont Air France (3 milliards d'euros), Renault (5 milliards d'euros) ou encore Fnac-Darty (500 millions). 

Ce dispositif constitue un des plus grands succès français. Avec 95 milliards d'euros de prêts accordés et garantis par l'Etat, l'Hexagone se situe devant l'Espagne (63 milliards), le Royaume-Uni (35 milliards), l'Allemagne (28 milliards) et l'Italie (22 milliards).

  • Un plan français bien moins généreux que l'allemand

Et chez nos voisins comment ça se passe? L'ensemble des pays ont pris des mesures de dépenses budgétaires records. En Italie, le plan de soutien aux familles et aux entreprises s'élève par exemple à 80 milliards d'euros sans compter les prêts garantis par l'Etat. Une enveloppe toutefois inférieure à celle consacrée par la France.

En revanche, l'Allemagne est allée encore plus loin que la France. L'effort de notre plus premier partenaire commercial s'élève à plus de 1100 milliards d'euros, soit un tiers du PIB du pays. Si les prêts garantis représentent la plus grande part de ce plan (820 milliards d'euros), les mesures budgétaires se montent tout de même à plus de 350 milliards d'euros (contre 133 milliards pour la France). Moins endettée et plus rigoureuse dans sa gestion budgétaire en temps normal, l'Allemagne a montré qu'à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco