BFM Business

Téléphérique urbain en France: les projets se multiplient mais peu ont (encore) abouti

L'Ile-de-France vient de voter le financement de 125 millions d'euros pour son premier téléphérique urbain à Créteil (Val-de-Marne). Un projet qui sera scruté par d'autres villes, ce mode de transport par câble peinant à décoller, bien que les projets se multiplient.

Le premier projet de téléphérique urbain d'Ile-de-France a franchi une étape décisive, il y a quelques jours. L'autorité régionale des transports (Ile-de-France Mobilités) a approuvé la convention de financement de 125 millions d'euros pour les travaux du projet dit "Câble A". Cette ligne de transport par câble reliera en 17 mn sur cinq kilomètres, Créteil à Villeneuve Saint-Georges (Val-de-Marne) en passant par les villes de Valenton et Limeil-Brévannes. Elle avait déjà été déclarée d'utilité publique fin 2019.

Cette future ligne de cinq stations (cf photo ci-dessous) enjambera des autoroutes et voies ferrées qui coupent le tissu urbain et s'avèrent infranchissables pour les piétons.

La région Ile-de-France finance 49% du projet

La convention approuvée précise les parts de financement de l’État (21%), de la région (49%) et du département du Val de Marne (30%). Île-de-France Mobilités financera, quant à elle, les télécabines et les coûts d’exploitations de la ligne, comme pour l’ensemble des lignes "classiques" de transports en commun.

Il restera à sélectionner le groupement de constructeurs qui construira la ligne, choix qui sera annoncé dans les premiers mois de 2021.

La future ligne de téléphérique, longue de 5 km dans le Val-de-Marne, comprendra 5 stations.
La future ligne de téléphérique, longue de 5 km dans le Val-de-Marne, comprendra 5 stations. © Ile-de-France Mobilités

Le montant du marché n'est pas gigantesque, comparé au coût de création d'une ligne de tramway. Mais le feu vert donné à ce chantier est emblématique et le projet sera regardé avec attention par d'autres villes et collectivités de l'Hexagone.

Un mode transport urbain qui peine à décoller

En effet, ce mode de transport urbain "propre", bien qu'étant porté par la vague de la transition écologique, peine à décoller dans l'Hexagone. Le téléphérique de Brest, inauguré en 2016 et seul en service en France à ce jour, est emblématique à cet égard.

Première en France à s'équiper d'un téléphérique en coeur de ville, avec des cabines s'élevant à 50 mètres pour désenclaver deux quartiers, la préfecture du Finistère a essuyé les plâtres, faisant face à de nombreux incidents techniques.

À peine un an après sa mise en service en 2017, une des télécabines (fournies par le constructeur suisse Bartholet) a fait une chute de plusieurs mètres de haut lors d'une opération de manutention, personne n'ayant été blessé lors de l'incident.

Le téléphérique de Brest est à l'arrêt depuis mai 2020

Puis, au printemps 2020, "la découverte, sur l’engin brestois, de l’usure prématurée d’un assemblage boulonné avait entraîné la fermeture en urgence du premier téléphérique urbain de France", explique le quotidien Le Télégramme. À l'arrêt depuis mai 2020, le téléphérique de Brest attend toujours sa date de remise en service.

Ces incidents à répétition sont-ils de nature à mettre en cause la crédibilité de ce mode de transport sur le plan de la sécurité? Pour l'instant, le redémarrage du téléphérique brestois dépend du service technique des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG) qui doit donner son aval avant que l’État ne donne le sien.

À Toulouse, les pylones de la future ligne sont en chantier

Ces péripéties du seul et unique téléphérique en service en France n'ont pas refroidi les ardeurs de l'agglomération toulousaine et de la société Tisséo qui y gère les transports publics.

Son futur service de transport par câble baptisé Téléo (et confié à Poma, grand spécialiste du transport par câble), situé au sud de la ville dans une zone à fort relief, a vu ses travaux de construction débuter en 2020 (cf photo ci-dessous).

Depuis juin 2020, une étape clé de construction du téléphérique Téléo à Toulouse a débuté : les cinq pylônes blancs prévus sont érigés les uns après les autres.
Depuis juin 2020, une étape clé de construction du téléphérique Téléo à Toulouse a débuté : les cinq pylônes blancs prévus sont érigés les uns après les autres. © Tisseo

Le montage des cinq pylones métalliques de 30 à 70 mètres de haut, formant la future ligne longue de 3 kilomètres, est en cours depuis juin. Les trois stations qui jalonneront le parcours sont en chantier. La date de livraison de la ligne est prévue pour l’été 2021.

En revanche, certains autres projets de téléphérique urbain, pourtant promus par certains édiles ou des collectivités, ont été abandonnés en cours de route.

En Ile-de-France, la fronde de riverains et l'action militante menée par l'association Actevi-Touche pas à mon ciel avait conduit André Santini, le maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), à renoncer en 2008 à son projet de téléphérique reliant les quartiers bas et hauts de la ville. Celui-ci avait l'inconvénient de survoler le centre-ville à l'habitat très dense.

À Orléans, la métropole a enterré son projet

Tout récemment à Orléans, le téléphérique urbain, qui devait relier la gare des Aubrais et enjamber des voies ferrées pour desservir un nouveau quartier, a fait les frais de la mauvaise conjoncture économique qui pèse sur les finances des collectivités locales et d'un manque de consensus de certains élus sur le projet.

Le nouveau président de la métropole orléanaise, Christophe Chaillou (PS) a annoncé, fin septembre 2020 que celle-ci renonçait à ce projet, "qu'il convient d’abandonner pour des raisons financières (c’est plus de 17 millions d’euros), mais aussi pour des raisons de fond, qui se posent depuis le début", a rapporté le quotidien régional La République du Centre. Une allusion à l'opposition affichée par certains élus au projet.

D'autres agglomérations, au contraire, persistent à poursuivre leur projet de transport public par câble comme une solution "alternative" de choix. Sobre en énergie, le téléphérique n'empiète pas l'espace dédié à la voirie qu'ont à se partager voitures, bus, vélos et piétons. Son emprise au sol se limite à quelques pylônes, aux stations de départ et d'arrivée, voire quelques gares intermédiaires, argumentent ses partisans.

Les projets continuent de se multiplier en région

C'est ainsi qu'à La Réunion, le département ultramarin va se doter de sa deuxième ligne de téléphérique urbain, d'une longueur de 1,3 kilomètre alors que la première pierre d'une première ligne de 2,7 kilomètres a été posée en septembre 2019.

En Corse, le projet de téléphérique destiné à Ajaccio, retardé par le confinement, pourrait être mis en service en juillet 2023 par les services de la communauté d'agglomération du pays ajaccien (Capa). Selon le quotidien local Corse Matin, le groupement d'entreprises n'a pas été choisi pour ce marché de 54 millions d'euros dont 24 millions pour l'exploitation prévue sur dix ans, soit 2,4 millions d'euros par an.

À Grenoble, enfin, a été choisi un groupement d'entreprises (Poma, Egis, Groupe 6) qui construira un premier tronçon de 3 kilomètres pour 65 millions d'euros pour une mise en service en 202. L'enquête publique est programmée en 2021. Pour les autorités grenobloises, la zone traversée se caractérisant par des obstacles naturels et artificiels, un mode de transport par voie terrestre aurait impliqué des ouvrages de franchissement coûteux et complexes.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco