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La crise au Liban, l'une des pires de l’histoire mondiale depuis le 19ème siècle

Le récit par la Banque mondiale d’une crise économique et financière d’une ampleur historique, hors période de guerre. Celle d'un Liban qui sombre, d'après l'institution internationale.

Le Liban au coeur d'une crise sans précédent. D’après la Banque mondiale, nous sommes là probablement face à l’une des dix, voire l’une des trois pires crises que le monde ait connues depuis le milieu du 19e siècle… "En gros, depuis la révolution industrielle", relève amèrement un journaliste libanais.

Un document de 94 pages, intitulé Le naufrage du Liban, où les experts de l’institution procèdent à une comparaison avec les dépressions les plus sévères entre 1857 et 2013, caractérisées dans les travaux de référence des économistes américains Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, de celles qui ont frappé les Philippines en 1981, le Venezuela en 1994 ou encore la Grèce en 2009, avec une production nationale qui s’écroule durant au moins trois années. Au Liban, la glissade commence en 2018 et s’amplifie en 2019, ensuite la chute dépasse les 20% en 2020 (inflation déduite). Et ce n’est pas terminé: la Banque mondiale s’attend encore à une contraction de pratiquement 10 % cette année, avec une nouvelle phase d’explosion des prix de près de 100%.

Le produit intérieur brut par habitant a de la sorte diminué de pratiquement 40 % entre 2018 et 2020. "Une contraction aussi brutale et rapide", peut-on lire, "est généralement associée à des conflits ou à des guerres". Dès lors, "l’impact social de la crise, déjà désastreux, peut rapidement devenir catastrophique ; plus de la moitié de la population serait au-dessous du seuil national de pauvreté".

Nombre d’analystes nationaux l’avaient, de toute façon, déjà établi. En avril, l’Observatoire de la crise du Liban, qui effectue un travail de recherche de première main, a publié une note sur le coût à consentir pour les repas de rupture du jeûne du mois de Ramadan dans une famille de cinq personnes. Ce seul poste de dépense a pu représenter deux fois et demi le salaire minimum.

Titanic

Le quotidien de Beyrouth L’Orient-Le Jour explique que les deux principaux responsables du dossier libanais à la Banque mondiale sont attendus cette semaine afin de tenter, une fois encore, de "faire réagir" la classe politique. Les mois passent et un exécutif en mesure de prendre à bras-le-corps les éléments de ce rapport de portée internationale n’est toujours pas formé. L’horizon institutionnel est normalement borné à mai 2022, l’échéance du mandat actuel du Parlement. Encore faudrait-il qu’une loi électorale ait auparavant été débattue.

Dans un article du 29 avril, le correspondant de la revue en ligne OrientXXI reprenait la métaphore du Titanic à laquelle a eu recours l’inamovible président du Parlement, Nabih Berri.

"Ils discutent du nombre d’invités et de leur place à la table des officiers, alors que les cuisiniers baignent déjà dans l’eau glacée jusqu’à la taille."

Le ministre de l’Intérieur par intérim a déjà prévenu que la police, exsangue, n’est plus en mesure d’accomplir 90 % de ses tâches. Quant au commandant en chef de l’armée, il prévient que les soldats ont "faim". Le général Joseph Aoun (sans lien de parenté avec le président Michel Aoun) consulte et intervient beaucoup. Hier encore, il a reçu la visite d'une délégation britannique.

Dernier recours

Les médias libanais considèrent, depuis plusieurs mois, que le militaire, passé par plusieurs sessions d'instruction aux Etats-Unis et en Syrie, est en train de préparer l’idée d’une candidature à la présidentielle de 2022, en avançant l'image du dernier recours. La semaine dernière, il a été reçu à Paris où, selon des sources diplomatiques, la ministre des Armées, Florence Parly, lui a fait part de sa disponibilité pour organiser une mobilisation internationale de soutien financier et/ou technique aux forces armées libanaises. Une nouvelle conférence est envisagée à cet effet ce mois-ci.

Mais un ancien diplomate italien, dans un appel à faire face à "une bombe à retardement", reproche aux Français, qui se veulent dans ce dossier à la pointe de l’initiative, d’avoir trop longtemps cru que le changement pouvait provenir d’un des "principaux responsables de la catastrophe", le Premier ministre désigné Saad Hariri. L’ambassadeur Marco Carnelos juge ainsi "qu’en dépit de quelques irréductibles partisans de Hariri à l’Elysée, la France réalise peu à peu qu’il est un handicap". La situation politique ne paraît donc toujours pas suffisamment décantée pour songer à traiter l'urgence économique et sociale.

Benaouda Abdeddaïm Editorialiste international