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Recherche, santé, Erasmus… Ces programmes européens sacrifiés au profit de la relance

Les 27 dirigeants de l'UE ont approuvé un plan de relance mardi

Les 27 dirigeants de l'UE ont approuvé un plan de relance mardi - John MACDOUGALL © 2019 AFP

Pour réduire la facture et contenter les pays dits "frugaux", les 27 leaders européens qui ont approuvé mardi un plan de relance inédit ont consenti à des coupes financières dans certains programmes communautaires.

Le sommet européen qui s’est achevé mardi matin à Bruxelles restera sans doute dans l’histoire. De par la dureté et la longueur des négociations d’abord; mais surtout en raison de ses résultats inédits. Les 27 dirigeants de l’UE sont en effet tombés d’accord sur un plan de relance de 750 milliards d’euros composé à la fois de prêts et de subventions qui serviront à financer les plans de relance nationaux des pays les plus touchés par l’épidémie de coronavirus.

Ce plan de relance européen est le fruit d’intenses tractations ayant parfois aiguisé les tensions entre le couple franco-allemand soutenu par les pays du Sud et les pays frugaux, à savoir les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, l’Autriche et la Finlande. Fervent défenseur de la rigueur budgétaire, ce club des cinq s’est battu pour limiter l’ampleur des subventions prévues dans le fonds de relance mais aussi pour réduire le montant du budget pluriannuel de l’UE, également négocié lors du sommet.

Il aura donc fallu plus de quatre jours d’âpres discussions pour trouver un compromis. Pour faire accepter l’idée de subventions aux cinq frugaux, le président du Conseil européen Charles Michel a notamment consenti à une baisse du budget européen qui sera finalement de 1074 milliards d’euros sur la période 2021-2027. La Commission européenne proposait initialement 1100 milliards et le Parlement européen 1300 milliards. De la même manière, les subventions pèseront à hauteur de 390 milliards d’euros dans le fonds de relance, soit 110 milliards de moins que la proposition initiale.

"Coupes financières importantes"

Au-delà du financement des plans de relance nationaux, le fonds de relance doit aussi venir en complément du budget pluriannuel en finançant des programmes communautaires à travers des subventions, rappellent Les Echos. Or, les subventions, comme le budget, ayant été réduites, certains secteurs ont vu les montants qui leur étaient réservés fondre au fil des négociations.

C’est par exemple le cas de la recherche. L’ambitieux programme cadre Horizon-Europe pour la recherche et l’innovation sera doté de 81 milliards d’euros, contre 100 prévus initialement. Il perd notamment 8,5 milliards d’euros de subventions (de 13,5 à 5 milliards). Le responsable du budget de ce programme, Paul Webb, a d’ailleurs déploré sur Twitter que la recherche serve de "vache à lait dans le cadre des négociations budgétaires". Le programme d’investissement Invest EU s’amoindrit quant à lui de 24,7 milliards d’euros (30,3 à 5,6 milliards de subventions) tandis que le Fonds européen de la défense consacré aux projets industriels passe de 13 à 7 milliards d’euros.

La Confédération des petites et moyennes entreprises a d’ailleurs estimé mardi que le plan de relance approuvé par les pays de l'UE a "été obtenu au prix de coupes financières importantes" dans le budget pluriannuel de l'UE "qui inquiètent les PME".

L'espace et Erasmus pas épargnés

Le budget dévolu à l’espace sera pour sa part de 13,3 milliards d’euros pour la période 2021-2027 contre un projet initial de 16 milliards. Du côté de la santé, autre domaine pourtant jugé prioritaire, le programme EU4Health destiné à renforcer les systèmes de santé, à la production de médicaments ou encore à améliorer la préparation face aux crises sanitaires, a été supprimé.

Erasmus sera également touché. De même que le Fonds pour une transition juste qui doit aider les pays les plus en retard dans la transition écologique à atteindre la neutralité climatique en 2050. 10 milliards d’euros y seront consacrés, soit 20 milliards de moins que le montant prévu au départ. Enfin, si les fonds réservés à la PAC (politique agricole commune) restent stables, les subventions destinées au soutien du développement rural passent de 15 à 7,5 milliards d’euros.

Plusieurs députés européens ont critiqué le discours des dirigeants européens qui taisent selon eux ces coupes budgétaires. "Les ‘euphoriques du jour se feront à coup sûr bien plus discrets lorsqu’ils faudra expliquer les coupes substantielles dans la politique agricole, Erasmus + ou encore les programmes de recherche et le quasi-abandon des ambitions en sécurité/défense", a notamment déclaré Arnaud Danjean, eurodéputé français, membre du groupe PPE.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco