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Quel impact économique aura l'afflux de réfugiés en Europe?

Les réfugiés doivent pouvoir s'intégrer au marché du travail local pour doper le PIB

Les réfugiés doivent pouvoir s'intégrer au marché du travail local pour doper le PIB - Armin Weigel - DPA - AFP

Dans une étude publiée mercredi, le FMI explique que l'arrivée massive des réfugiés sur le Vieux Continent devrait avoir un effet limité à court terme, de l'ordre de moins de 0,1 point de PIB. L'impact à long terme peut être plus fort mais dépendra de la bonne intégration des réfugiés sur le marché du travail.

1 million de réfugiés sont arrivés l'an dernier en Europe. C'est ce que révélait en décembre dernier l'ONU. À l'époque, l'économiste Bernard Martinot assurait sur BFM Business que "n'importe quel économiste dirait qu'accueillir des migrants qualifiés, à long terme, est une bonne chose d'un point de vue économique". Mais dans quelle mesure?

Le Fonds Monétaire International a apporté certains éléments de réponse dans une étude publiée mercredi 20 janvier. À court terme, le FMI explique que le PIB européen pourrait être augmenté de 0,05 point en 2015, 0,09 en 2016 et 0,13 en 2017. Avec, certes, des effets plus forts pour les pays les plus accueillants comme l'Autriche (0,5% en 2017), la Suède (0,4%) et l'Allemagne (0,3%).

Ces prévisions sont de fait en ligne avec une précédente étude de l'OCDE de novembre dernier qui tablait sur une fourchette de 0,1 à 0,2% sur 2015-2016. Mais ces estimations sont en fait liées aux dépenses budgétaires des États pour l'accueil de ces nouvelles populations. Le FMI estime à ce titre que ces dépenses représentaient 0,14% du PIB européen en 2015; 0,20% pour l'Allemagne et jusqu'à 0,5% du PIB en Suède.

L'effet d'offre sur le marché

"Tout cet effet de court terme vient de l'impact sur la demande de la relance budgétaire qui se traduit par une hausse de la dépense publique. Celle-ci augmente la demande de produits fabriqués en Europe avec des conséquences positives sur la production de court terme", explique Jean-Christophe Dumont, chef de la division migration à l'OCDE.

Tout l'enjeu va venir du moyen terme. Le FMI se risque à donner un impact sur le PIB à l'horizon 2020 qui pourrait atteindre 0,25% du PIB avec une fourchette de 0,5 à 1,1% pour les pays qui accueillent le plus de réfugiés (Autriche, Allemagne et Suède). Le FMI précise que le PIB par habitant serait néanmoins plus faible de 0,4%, tout simplement parce que "les réfugiés sont moins performants que les natifs sur le marché du travail et contribuent donc moins au PIB".

L'impact est cette fois dû à l'"effet d'offre sur le marché du travail", indique le FMI. Mais toutes ces estimations restent soumises à de nombreuses hypothèses. Et la plus importante d'entre elles est que les réfugiés doivent pouvoir être intégrés efficacement et progressivement au marché du travail. Pas une mince affaire. "Si l'on regarde les flux de réfugiés arrivés sur les 30 dernières années, le taux d'emploi se situe autour de 50-60% en fonction des pays", explique Jean-Christophe Dumont.

La question de la qualifcation

L'OCDE estime que d'ici à décembre 2016, au moins 680.000 réfugiés pourraient rejoindre le marché de l'emploi en Europe soit 0,3% de la main d'œuvre (Europe + Suisse comprise). Tout va alors dépendre des politiques mises en place par les gouvernements pour faciliter l'inclusion des migrants. "Si on ne réussit pas mieux que ce que l'on a pu faire jusqu'à maintenant pour les intégrer dans de meilleures conditions, l'impact sera positif" mais pas optimal, prévient Jean-Christophe Dumont.

Et dans cette optique, "l'intégration se réussit dans des contextes où les communautés qui accueillent les réfugiés sont partie prenante", poursuit l'expert. Une phrase à méditer alors que les agressions de la Saint-Sylvestre à Cologne ont relancé les débats sur les migrants au sein de l'opinion publique allemande, jusque-là relativement favorable.

Le FMI remarque néanmoins qu'un facteur peut jouer. Il s'avère que les migrants arrivant en Europe depuis 2014 présentent un niveau d'éducation plus élevé. "C'est vrai pour les Syriens qui représentent 50% des nouveaux migrants. Mais il y a des réfugiés provenant d'autres pays (Afghanistan, Érythrée) pour qui le constat est très différent", complète Jean-Christophe Dumont. Et même dans le cas des Syriens, "il faut qu'ils puissent valoriser leurs compétences qui ne sont pas automatiquement transférables. Ils devront par exemple franchir la barrière de la langue", poursuit-il.

Des pistes

Le jeu en vaut la chandelle car Jean-Christophe Dumont estime qu'avec une intégration réussie les réfugiés peuvent à long terme doper la croissance potentielle de l'Europe. "En leur donnant la chance de réussir une nouvelle vie nous avons la possibilité d'en tirer un bénéfice pour nos sociétés", assure-t-il.

Le FMI suggère plusieurs pistes pour faciliter l'intégration des réfugiés. Le fonds propose par exemple d'accorder, en Allemagne, des dispenses aux réfugiés pour que ceux-ci puissent avoir une rémunération inférieure au salaire minimum pendant les six premiers mois où ils sont employés. Autre idée: accorder des subventions aux entreprises choisissant d'embaucher des réfugiés. En ce sens, des études ont prouvé que cette mesure, introduite en 1999 au Danemark, permettait aux réfugiés de trouver un poste de 14 à 24 semaines plus vite.