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Que pèsent les ventes du pop-corn dans l'industrie du cinéma?

Photo d'illustration montrant du pop-corn.

Photo d'illustration montrant du pop-corn. - Pixabay

Ce dimanche 19 janvier, c'est la journée mondiale du pop-corn. Adulée des gourmands ou détestée des cinéphiles, cette confiserie est plus que jamais le produit star des cinémas. A tel point qu'une partie de plus en plus grande de l'économie de cette industrie repose sur ses ventes.

Peu de cinéphiles le savent mais ce dimanche 19 janvier, on fête la journée mondiale du pop-corn. Pas encore célébrée en France, celle-ci commence à avoir une certaine popularité de l'autre côté de l'Atlantique.

Au Canada, Cineplex - l'entreprise qui gère le plus de salles dans le pays - offre par exemple un seau de pop-corn gratuit à chaque spectateur abonné à son programme de fidélité. Un coup de communication que la compagnie canadienne ne peut pas se permettre de réaliser souvent dans l'année tant la vente de confiseries est importante dans son modèle économique.

De quoi faire dire à certains, comme l'acteur Vincent Cassel dans une interview accordée récemment au site Konbini, que le cinéma "aujourd'hui" pourrait se résumer "à vendre du pop-corn". Caricatural? Pas tant que ça. Voici quelques éléments de réponse, en France et en Amérique.

Les cinémas nord-américains comptent beaucoup plus sur les confiseries que les salles françaises

En 2018, près d'un tiers des revenus de Cineplex (29%) provenaient de la vente de nourriture et boissons. C'est moins que les cinémas américains (40%) mais aussi deux fois plus que les cinémas français (16%).

Des écarts pas si surprenants lorsqu'on voit les habitudes de consommation des spectateurs dans l'Hexagone.

Selon une étude réalisée en mars 2016, "seulement" 44% des spectateurs français avaient acheté à manger ou à boire lors de leur dernière séance de cinéma. Un taux certes élevé mais largement inférieur aux autres pays du monde, comme le montre l'infographie ci-dessous.

En France, ce taux devrait cependant augmenter dans les prochaines années. Le nombre de personnes achetant du pop-corn, des boissons ou des confiseries lorsqu'ils vont au cinéma ne cesse en effet d'augmenter depuis les années 2000 selon les rapports du Centre National du Cinéma (CNC).

Bientôt, la majorité des spectateurs français achèteront à boire ou à manger lorsqu'ils iront au cinéma

Ces spectateurs gourmands deviendront même probablement majoritaires au cours de la prochaine décennie à en croire la courbe ci-dessous. D'autant que ceux qui en achètent le plus sont les jeunes de 15 à 24 ans. Dans cette catégorie d'âge, le taux de spectateurs qui achètent à boire ou à manger monte à... 65%.

Cette tendance chamboule le modèle économique des salles obscures. En moins de 20 ans, la part de la vente de confiseries dans le chiffre d'affaires des cinémas a triplé en France. 

Ce constat ne marque cependant pas le début de la fin pour les cinémas, qui n'ont jamais autant attiré de monde dans les salles obscures depuis les années 1960. Il confirme seulement le bouleversement économique causé par l'invasion progressive des multiplexes depuis les années 1990.

Ces grandes structures (8 écrans et plus) concentrent désormais plus de la moitié des entrées en salles, au grand dam des petits cinémas, toujours plus nombreux à fermer. Ces petites salles ne proposent pas toujours de confiseries, contrairement aux multiplexes, qui comptent parfois plusieurs stands pour se restaurer au sein d'une seule structure.

20% du chiffre d'affaires des cinémas CGR dépend des confiseries

Selon un rapport publié en 2016 rapport par Alexandre Kopp, professeur de sciences économiques à La Sorbonne, une large partie du chiffre d'affaires des grands groupes d'exploitation cinématographique repose en fait sur la vente de boissons, de pop-corn et autres gourmandises. Plus de 20% chez CGR, 14% chez UGC, 11% chez Gaumont, selon des chiffres qui datent eux de 2014.

"La marge commerciale sur les ventes annexes est très importante: 30% sur les confiseries, pratiquement 100% sur la publicité. La marge sur la billetterie n'est elle positive qu'après un certain nombre d'entrées."

En clair, tous les films ne sont pas rentables: certains vont attirer énormément de spectateurs pendant plusieurs semaines tandis que d'autres réuniront un public très confidentiel sur quelques jours. Un modèle économique "instable" pour ces grands groupes qui comptent donc énormément sur la vente de confiseries (15% du chiffres d'affaire total) ou de la publicité (10%), dont les ventes et les revenus sont bien plus faciles à prévoir.

Le pop-corn reste le best-seller des cinémas

Malgré le choix impressionnant offert par les restaurants des multiplexes (bonbons, chocolats, chips, saucissons, hots-dogs, glaces, boissons chaudes, sodas...), le pop-corn reste de loin le produit qui se vend le plus.

En 2019, selon les chiffres du CNC, un spectateur sur trois en achète lorsqu'il va au cinéma. Trois ans plus tôt, c'était seulement un spectateur sur quatre.

Si le bruit des gens qui mangent du pop-corn pendant un film vous agace, il faudra donc vous y habituer puisque cela risque de devenir la norme. N'en déplaise à certains cinéphiles qui lui reprochent de dégrader les salles, d'être un emblème de la surconsommation ou encore d'être très mauvais pour la santé.

Louis Tanca