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Pourquoi la forte hausse du taux de pauvreté en France calculé par l'Insee doit être relativisée

Une manifestation contre la pauvreté organisée par le Secours catholique, le 28 juin 2013

Une manifestation contre la pauvreté organisée par le Secours catholique, le 28 juin 2013 - JACQUES DEMARTHON / AFP

Selon l'Insee le taux de pauvreté aurait augmenté en 2018 en France pour toucher 14,7% de la population. Mais ce calcul qui s'explique en partie par la hausse des revenus des classes moyennes ne prend pas en compte les réduction de loyers imposées aux organismes HLM.

Le nombre de pauvres a augmenté en France en 2018. Et assez sensiblement selon l'Insee qui vient de publier une étude sur le sujet. D'après une première estimation de l'institut statistique, le taux de pauvreté passerait de 14,1% à 14,7 % de la population. Un taux que la France n'avait plus connu depuis des années. Cela représenterait 400.000 personnes de plus en situation de pauvreté monétaire par rapport à 2017.

Comment l'Insee explique-t-elle cette hausse spectaculaire? D'abord il faut définir ce que l'Institut entend par pauvreté. Ce taux de pauvreté est calculé par rapport à un seuil fixé par convention à 60% du niveau de vie médian. Ce revenu médian étant, par exemple, de 1735 euros net par mois pour un célibataire, une personne pauvre est donc une personne qui vit avec moins de 1041 euros par mois. Selon ces critères, 9,3 millions de personnes auraient été en situation de pauvreté monétaire en 2018.

Si ce taux a augmenté l'année dernière, cela ne veut donc pas dire que les revenus des habitants les plus pauvres ont diminué. Cela s'explique par un relèvement du seuil de pauvreté en 2018. En effet relève l'Insee, "le niveau de vie médian avant redistribution (prestations sociales) aurait augmenté en lien avec des salaires relativement dynamiques et l’augmentation des revenus financiers; ceci aurait contribué à accroître le taux de pauvreté avant redistribution de 0,2 point." Par ailleurs les mesures fiscales comme la baisse de la taxe d'habitation ou la bascule CSG/cotisation a davantage bénéficié aux ménages imposables, donc à ceux qui se situent bien au dessus du seuil de pauvreté. Cela signifie que le niveau de vie des classes moyennes et supérieures a plus augmenté que celui Français les plus modestes. Ce qui explique le relèvement de ce seuil de pauvreté.

L'Insee ne prend pas en compte les baisses de loyers

Mais c'est l'autre élément explicatif qui peut semer le trouble. L'Insee assure en effet que c'est la baisse des allocations logement dans le parc HLM qui aurait eu l'effet le plus fort sur la pauvreté. Les APL auraient en effet baissé de 60 euros par mois en moyenne pour les locataires du parc social. Une coupe très significative pour des revenus inférieurs à 1041 euros par mois et qui explique à elle seule la progression de 0,4 point du taux de pauvreté. 

Sauf que comme le dit l'Insee, "ces estimations tiennent compte de la baisse des allocations logement dans le parc HLM en 2018, mais pas de la réduction de loyer de solidarité destinée à la compenser, qui n’entre pas, par définition, dans la mesure des niveaux de vie." Or cette mesure qui est entrée en vigueur au 1er janvier 2018 était censée compenser la baisse des APL. La réduction de loyer de solidarité permet aux occupants de logements sociaux de bénéficier d'une baisse de leur loyer.

Certes cette mesure ne gonfle pas les revenus, mais elle minore les dépenses. Le montant de la baisse dépend de la taille du foyer et de la situation du logement. Elle peut aller de 26 euros par mois pour un bénéficiaire isolé en zone 3 (petite ville) à 50 euros par exemple pour un couple avec deux enfants habitant dans Paris (zone 1). "La baisse des allocations logement dans le parc HLM et la réduction des loyers de solidarité se compensent pour les ménages concernés", assure d'ailleurs l'Insee.

En prenant en compte les dépenses dans le calcul du niveau de vie ainsi que la hausse du seuil de pauvreté lié au gain de niveau de vie de la classe moyenne, le taux de pauvreté aurait semble-t-il stagné en 2018.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco