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Pourquoi la fin des 35 heures revient une nouvelle fois dans le débat

Geoffroy Roux de Bézieux, Président du Medef, était l'invité du Grand journal de l'Eco d'Hedwige Chevrillon

Geoffroy Roux de Bézieux, Président du Medef, était l'invité du Grand journal de l'Eco d'Hedwige Chevrillon - Brightcove

Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a réitéré mercredi son appel à rouvrir le débat sur le temps de travail pour créer plus de richesses mais le gouvernement s'y oppose.

Et revoici le débat sur les 35 heures. Serpent de mer de la politique française depuis la réforme Aubry de 2000, la durée hebdomadaire légale du travail est de nouveau dans le débat public depuis cette semaine.

Ce mecredi, le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a réitéré son appel à rouvrir le débat sur le temps de travail, après avoir déjà suscité un tollé en évoquant ce sujet durant le confinement.

"Je pense qu'il faudra rouvrir le débat" lorsque reprendront les négociations sur la réforme des retraites, c'est-à-dire "pas maintenant", mais "pas non plus en 2022", a-t-il affirmé en ouverture de l'université d'été du Medef à l'hippodrome de Longchamp dans l'ouest de Paris.

Pour le patron des patrons, rallonger la durée hebdomadaire du travail est une nécessité pour relancer l'économie du pays durement touché par la crise du Covid-19.

"La richesse d'un pays, c'est la quantité de travail par individu multipliée par le nombre de gens qui travaillent, explique Geoffroy Roux de Bézieux. Tout le reste, c'est de l'idéologie."

Les salariés travaillent déjà plus de 35 heures

Et si Elisabeth Borne se défend de faire de l'idéologie, elle ne compte pourtant pas rouvrir ce dossier. "Ce n'est pas à l'ordre du jour, assure la ministre du Travail. La priorité, c'est la protection de l'emploi et de la santé des salariés". Travailler plus pour relancer plus, ce n'est pas la feuille de route du gouvernement qui préfère en pleine crise historique actionner le levier de la baisse de la fiscalité aux entreprises pour les rendre plus compétitives.

Surtout pour le gouvernement, les 35 heures seraient un faux débat. Les Français travaillent de fait déjà plus de 35 heures par semaine. Les salariés français font en moyenne 36,2 heures par semaine. C’est moins que les Britanniques ou les Espagnols mais plus que les Suédois, les Italiens ou encore les Allemands.

Car même si la durée hebdomadaire du travail est fixée à 35 heures, de nombreux dispositifs permettent d'y déroger. Une entreprise peut, avec l’accord des syndicats, monter jusqu’à 48 heures par semaine. Et elle peut limiter la majoration des heures supplémentaires à seulement 10% (contre 25% légalement).

"Pas un besoin des entreprises d'augmenter le temps de travail"

Des dérogations nombreuses, mais pas toujours simples à appliquer surtout pour les petites entreprises qui peinent à mettre en oeuvre les accords d'entreprises nécessaires ou les référendums pour bénéficier des dispositifs d'abrogation.

"Je n'ai aucune entreprise parmi mes clients qui a réussi à faire baisser la majoration des heures supplémentaires, car c'est une négociation difficile avec les syndicats, explique dans Les Echos Nicolas de Sevin, président d'AvoSial, entreprise spécialisée dans le conseil en droit social. En outre, en dehors des petites entreprises, je ne ressens pas un besoin structurel de la part des employeurs d'augmenter le temps de travail."

Reste qu'en parlant de durée de travail, le patron du Medef ne pense peut-être pas aux 35 heures, ou du moins pas seulement. Car si les salariés français ont des semaines de travail équivalentes à celles de leurs voisins, c'est la quantité de travail annuel de l'ensemble des Français (et n'ont plus cette fois des seuls travailleurs) qui est plus faible. Avec 630 heures travaillées en moyenne dans l'année, le Français est celui qui travaille le moins des pays de l'OCDE. Il travaille moins que l’Espagnol (696 heures), l’Italien (705 heures), l’Allemand (722 heures) ou le Britannique (747 heures). 

Cela s'explique par le fait que trop peu de Français sont activité. En effet, 66% des Français travaillent, soit 10 points de moins que la moyenne européenne. Le chômage est plus important en France qu'en moyenne en Europe et les salariés partent plus tôt à la retraite. Travailler plus pour créer plus de richesse reviendrait donc surtout à faire travailler plus de personnes qu'à faire travailler plus celles qui travaillent déjà.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco