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Nokia: les salariés en colère contre la suppression de 1233 emplois, défilent en force à Paris

Manifestation à Lannion le 4 juillet 2020 pour dénoncer les suppressions d'emplois chez Nokia

Manifestation à Lannion le 4 juillet 2020 pour dénoncer les suppressions d'emplois chez Nokia - Damien MEYER © 2019 AFP

"Dégoûtés", plusieurs milliers de salariés de Nokia, dont une bonne partie du centre de recherche de Lannion dans les Côtes d'Armor, ont défilé à Paris ce mercredi au son des binious contre la suppression de 1233 emplois en France.

Les visages sont graves derrière la banderole de tête "Le Tregor debout contre les suppressions d'emploi". Un TGV plein à craquer a convoyé à 6H50 les manifestants du centre de recherche de Lannion, venus en force dénoncer la suppression de la moitié de leur effectif, soit 402 postes. Dans le cortège, les banderoles CFDT, CGT et CFE-CGC voisinent avec les pancartes. "Embauché en mars, débauché en juin", proclame l'une d'elle. Nicolas Savard, 38 ans, a été embauché en mars en CDI par Nokia à Lannion. "J'étais encore en période d'essai quand la nouvelle est tombée", dit-il. Il avait quitté une entreprise de services informatiques où il travaillait depuis 12 ans pour rejoindre Nokia. "C'est une trahison, je suis dégoûté", lance-t-il.

Pour Jean-François Schmitt de la CFE-CGC, "il est clair que Nokia avait ce projet depuis son rachat d'Alcatel Lucent il y a 4 ans. Ils ont racheté les brevets, qu'ils ont très bien su faire fructifier, et ont gagné avec Alcatel Lucent une implantation précieuse aux Etats-Unis. Ils n'avaient pas besoin des salariés français d'Alcatel".

"Une activité réduite au support des clients français"

Amer, il craint la fermeture à terme du centre de recherche de Lannion et une activité réduite aux fonctions de support des clients français: "pas très réjouissant", dit-il. François Veillon, délégué CFDT de Lannion évoque un "gâchis", citant en vrac des bâtiments "flambant neufs" à Lannion, des aides de l'État, de la région et des communes, le choix de Nokia pour le réseau haut débit de la région Bretagne...

Nokia France a largement bénéficié du crédit impôt recherche

"280 millions de subventions encaissées, 1.233 emplois supprimés", proclame une autre banderole, allusion au crédit impôt recherche touché en 4 ans par l'équipementier finlandais.

"Nokia se moque du monde", résume le député LREM des Côtes d'Armor Éric Bothorel: "ils ont annoncé leur plan à la limite exacte de l'engagement qu'ils avaient pris il y a 4 ans de ne pas licencier et même d'embaucher dans la recherche, qui expirait en juin".

Le centre Nokia pèserait 10% des emplois locaux à Lannion

Le centre de Lannion pèse selon lui 10% des emplois locaux. Il déplore "les difficultés de dialogue" éprouvées par le gouvernement français alors que Nokia connaît un changement de PDG, le prochain (Pekka Lundmark) n'arrivant qu'en août. "Il faut que Thierry Breton (commissaire européen en charge du marché intérieur) se donne les moyens de la souveraineté européenne qu'il défend". "Nokia a réussi le grand chelem: il doit fournir la 5G au quatre fournisseurs français, il y a là un moyen de pression à travers les clients comme Orange, SFR etc." lance François Veillon.

"Un plan incompréhensible alors que la 5G n'est pas mature"

Dominique Paul, venu avec de nombreux salariés de Nokia-Villarceaux à Nozay (Essonne), où 831 postes sont supprimés, parle d'un plan "incompréhensible, alors que la 5G n'est pas encore mature". Il dénonce les relocalisations en Roumanie, Pologne, Inde et aux États-Unis, où "Trump a bien aidé Nokia en barrant la route à Huawei pour la 5G". "Mon équipe entière sera supprimée et j'ai vu qu'ils ont ouvert à Helsinki les postes correspondants" dit-il, écoeuré.

F.B avec AFP