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McDo, Ikea, Lidl... La fermeture des magasins en hommage à la reine va-t-elle peser sur l'économie britannique?

L'UFC-Que Choisir porte plainte contre McDonald's pour son recours de manière illégale à des enfants influenceurs pour sa publicité

L'UFC-Que Choisir porte plainte contre McDonald's pour son recours de manière illégale à des enfants influenceurs pour sa publicité - Kenzo TRIBOUILLARD © 2019 AFP

Déjà touchée en juin à l'occasion du jubilé, l'économie britannique pourrait pâtir de la multiplication des jours fériés qui pénalisent l'activité du pays.

Rideau de fer sur le Royaume-Uni. Le jour férié qui marquera les funérailles de la reine Elizabeth II lundi prochain sera très respecté. Administrations, commerces, restaurants seront exceptionnellement fermés ce 19 septembre. Même les fast-foods qui sont d'ordinaire ouverts 365 jours par an outre-Manche.

McDonald's a ainsi annoncé ce mercredi que ses 1300 points de vente britanniques seraient fermés en ce jour de recuillement.

"Nous voulons permettre à nos employés de rendre hommage de la manière qu'ils choisissent", a indiqué à la BBC un porte-parole de la chaîne américaine.

Sur Twitter, McDo précise que ses restaurants seront bien fermés mais jusqu'à 17 heures. Le service du soir sera donc bien assuré.

D'autres chaînes de restauration ou de magasins ont pris des décisions similaires. On peut citer par exemple les magasins Aldi et Lidl, Ikea, Primark, Tesco ou encore les cinémas Cineworld.

Une récession technique

Pour certains clients, les décisions de fermetures sont jugées aberrantes. C'est le cas des touristes qui fréquentent actuellement un de six camps de vacance Center Parcs du pays. Le groupe touristique néerlandais a annoncé à ses résidents qu'ils devraient quitter leur village lundi prochain à partir de 10 heures et n'y revenir que le lendemain. Suite à un déluge de plaintes, le groupe a du revenir partiellement sur sa décision en autorisant les clients qui sont au milieu de leur séjour à rester dans leur bungalow.

Si certaines fermetures peuvent provoquer des désagréments aux consommateurs britanniques, la multiplication de ces jours fériés commencent à inquiéter les économistes outre-Manche.

En juin dernier, le jubilé de la reine avait donné droit à deux jours fériés, soit un de plus que la normale, ce qui avait eu un impact non négligeable sur le PIB du pays. L'activité s'était ainsi contractée de 0,6% alors qu'en mai elle était toujours en croissance (+0,4%). Avec le nouveau jour férié de lundi, cela fera donc deux jours chômés supplémentaires sur l'année. Auquel il faudra peut-être en ajouter un troisième avec le jour du couronnement de Charles III dont la date n'a toujours pas été fixée. Si ce jour n'aura probablement pas lieu en 2022, il sera bien férié comme le veut la coutume dans le royaume.

Pour les économistes de Pantheon Macroeconomics, il ne fait pas de doute que le pays va connaître une "récession technique", c'est à dire un recul du PIB temporaire lié à des causes exogènes.

"Le jour de congé de lundi a le potentiel d'être plus dommageable pour l'économie que le jour de congé supplémentaire pour le Jubilé en juin, car il est peu probable que le secteur de l'hôtellerie et du tourisme en profite... mais de nombreuses entreprises fermeront encore", a estimé à l'AFP Samuel Tombs, économiste en chef chez Pantheon.

Le chercheur s'attend ainsi à une contraction de 0,2% du PIB sur le mois de septembre. Si certaines entreprises rattraperont leur retard plus tard, ce n'est pas le cas d'un certain nombre d'entre elles, notamment dans les secteurs de la restauration ou du tourisme.

Le chômage au plus bas depuis 1974

Alors que le pays est confronté à une inflation à 10%, au plus haut depuis 40 ans, ces jours chômés sont de nouveaux nuages dans le ciel économique britannique déjà assombri. Le pays est marqué par des mouvements sociaux depuis plusieurs semaines et la Banque d'Angleterre a relevé plusieurs fois ses taux directeurs pour endiguer la hausse des prix ce qui pourrait précipité le pays dans une récession plus importante.

Un tableau sombre qu'il faut toutefois relativiser. Malgré le ralentissement, l'économie du pays continue de créer beaucoup d'emplois. Le taux de chômage est ainsi tombé à 3,6% de la population active entre mai et juillet, soit son plus bas niveau depuis 1974.

D'autre part, si ces jours fériés sont dommageables, les célébrations britanniques qui font la une des médias du monde entier pourraient aussi entraîner un regain d'intérêt touristique pour le pays. Sur les 20 milliards d’euros du tourisme britannique on estime que 600 millions proviennent de la monarchie grâce aux recettes des visites des châteaux et palais royaux.

"Les ventes de souvenirs devraient augmenter de 60 millions de livres sterling "grâce" à l’enterrement", relève John Plassard de Mirabaud Equity dans une note. En 2011, le mariage de Kate et William aurait généré une augmentation des ventes de plus de 500 millions de livres sterling dans le pays."

Pas de quoi éviter une récession mais peut-être en limiter l'ampleur.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco