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Les prix des vélos vont-ils augmenter en 2021?

(image d'illustration)

(image d'illustration) - John Sciulli - Getty Images North America - AFP

Confrontés à une forte demande, les fabricants de vélos auront bien du mal à honorer leurs commandes. D'autant que le prix des pièces détachées est en train d'exploser. Explications.

Parfois, les bonnes nouvelles tournent au casse-tête. Pour les fabricants de vélos, l'année 2020 aura été hors norme, incroyable. La demande a tourné au déraisonnable, notamment au printemps dernier lorsque les Français se jetaient sur les deux roues classiques ou électriques pour éviter les transports en commun.

Habituellement, le marché du vélo progresse d'environ 10% par an mais entre le mois de mai et le mois de juin, les ventes ont bondi de 117%. "Ce niveau de croissance ne faiblit pas", expliquait en octobre denier à BFM Business Jérôme Valentin, président de l’Union Sport&Cycle (fédération des entreprises de la filière) et également PDG de Cycleurope, l'un des grands fabricants français de vélos. Dès lors, c'est la pénurie qui guette les fabricants.

"95% des VAE dépendent de pièces détachées produites en Asie" résume Albin Warin, Europe Director de Leon Cycle, installé à Shanghai.

Et un premier goulot d'étranglement met déjà à mal la fabrication des vélos. "Les importateurs américains ont été plus réactifs pour prendre les commandes à temps" poursuit Albin Warin. "Quand les européens se sont réveillés, c'était déjà un peu tard."

Résultat, il faut parfois attendre 12, 15 voire 18 mois pour obtenir certaines pièces, devenues des références sur les vélos. Les dérailleurs Shimano, les freins Tektro ou les pneus Schwalbe s'arrachent et les fabricants peinent à se fournir, faute de stocks suffisants, même si les usines tournent à plein régime. Resultat: certaines pièces affichent des hausse de prix de 10 à 30%.

Le prix du conteneur explose

Deuxième goulot d'étranglement, la logistique. La crise sanitaire a considérablement ralenti les échanges commerciaux et un conteneur venu de Chine s'arrache désormais à prix d'or. "

Le prix est passé de 2000 dollars à 12.000 dollars en l'espace de quelques semaines" note Albin Warin.

Les contraintes sanitaires, couplées au Nouvel An chinois – qui aura lieu mi-février – a fait exploser la demande et c'est le plus offrant qui l'emporte. Résultat, "le coût à l'unité d'un vélo explose et cela devra bien se répercuter quelque part" explique le responsable.

Baisse de qualité?

Faut-il donc s'attendre à une hausse des prix des vélos ? Certaines marques ont déjà augmenté leurs tarifs mais le sujet reste tabou. "Nous ne souhaitons pas ajouter plus de frustrations" glisse un fabricant français qui peine déjà à honorer ses commandes. Une autre solution serait de sacrifier une partie des marges. C'est le choix opéré par Leon Cycle, qui a "toujours été précautionneux en termes de pièces détachées", et doit surtout gérér les coûts logisitiques en attendant que la situation se décante.

Enfin, le risque est aussi de voir la qualité des vélos baisser avec des pièces détachées moins prisées et surtout moins solides. Les acheteurs auront donc tout intérêt à regarder de près la marque du dérailleur et du pneu, au risque de devoir envoyer son vélo en réparation plus tôt que prévu. Quant à un retour à la normale, il n'est pas attendu avant la deuxième partie de l'année 2021, voire le début de l'année 2022.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business