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Les Français champions de la perte de temps au travail?

Les salariés de Paris et sa petite couronne veulent travailler plus de jours par semaine à la maison, mais en conservant leur bureau comme lieu d'exercice principal, selon un sondage

Les salariés de Paris et sa petite couronne veulent travailler plus de jours par semaine à la maison, mais en conservant leur bureau comme lieu d'exercice principal, selon un sondage - Kirill KUDRYAVTSEV © 2019 AFP

Une étude montre que les travailleurs français passent beaucoup de temps sur des tâches inutiles, redondantes ou des réunions qui ne les concernent pas... Un phénomène amplifié par le télétravail.

On le sait, la pandémie a changé la donne de l'organisation du travail avec le recours massif au télétravail. Ce changement majeur semble avoir amplifié les travers et les difficultés que les salariés subissent habituellement.

C'est la conclusion d'une vaste étude mondiale* menée par Asana, une plate-forme pour la gestion du travail en équipe.

Ainsi, "les travailleurs français passent 66% de leur temps sur des tâches non qualifiées (work about work) telles que l’organisation et la consultation de leurs e-mails, plus que tous leurs autres collègues dans le monde", peut-on lire.

Ils passent 5 heures par semaine à refaire du travail ayant déjà été accompli par leurs collègues et "perdent plus de 3 heures par semaine à assister à des réunions qui ne les concernent pas, plus que la moyenne des autres pays".

Télétravailler = travailler plus

Les travailleurs français estiment ainsi "qu'ils pourraient gagner presque une journée de travail chaque semaine (5 heures 51 minutes) si les processus étaient améliorés". Ce qui permettrait de réduire le stress pour plus de la moitié d'entre eux.

Les salariés français seraient également ceux qui ont le plus de mal à déconnecter en fin de journée.

Au niveau mondial, l'étude confirme que télétravailler signifie travailler plus. 87% des employés déclarent travailler près de 2 heures de plus chaque jour, soit 455 heures par an contre 242 heures en 2019.

"Si les équipes ont moins d’échanges ponctuels, cela n’a pas pour autant entraîné une réduction du temps de travail. Les discussions informelles ont été remplacées par des réunions inutiles, avec pour résultat une perte de 157 heures de productivité par personne et par an", peut-on lire.

Vers une chute de la productivité

Télétravail, manque de clarté sur l'organisation, maintien des objectifs, surcharge et surmenage, perte de temps et non-déconnexion pèsent de plus en plus sur le mental. En 2020, 7 travailleurs sur 10 ont connu au moins un épisode de burnout, avance l'étude, un taux qui grimpe à 89% aux Etats-Unis.

"L’année passée, nous avons constaté un changement radical dans la façon de travailler des équipes et des organisations. Le work about work est monté en flèche, sous la forme de réunions et appels improductifs, et d’une montée de l’utilisation des e-mails et tchats, en particulier le soir et le week-end. Compte tenu de l’augmentation continue des chiffres liés au burnout, nos recherches laissent penser que la productivité va chuter en 2021, à moins que les entreprises ne décident de prendre les choses en main", commente le Dr Sahar Yousef, spécialiste des neurosciences cognitives au sein de l’Université de Californie à Berkeley.

*: L’Anatomie du travail 2021 est une étude menée par Sapio Research pour Asana qui analyse le comportement de 13.123 travailleurs en Australie/Nouvelle-Zélande, en France, en Allemagne, au Japon, à Singapour, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business