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Le scénario d’un mariage entre RTE et Enedis flotte dans l’air

Alors que le projet de réorganisation d’EDF bat son plein, émerge un nouveau scénario de création d’un géant des réseaux électriques pour gérer la transition énergétique.

C’est une petite phrase qui pèse lourd dans le grand projet de réorganisation d’EDF. "Il n’est pas question d’ouvrir le capital d’Enedis […] qui reste une filiale à 100% d’EDF" a assuré lundi Marianne Laigneau, la présidente du réseau de distribution électrique.

L’entreprise aux 38.000 salariés est au cœur du grand meccano lancé par Emmanuel Macron, qui consiste à revoir la régulation des prix du nucléaire en France. Avant de donner son aval au projet, la Commission européenne demande à la France d’avancer vers une nouvelle phase de la libéralisation de son secteur énergétique. EDF doit être scindé, et depuis un an, tous les scénarios poussent à séparer le réseau de distribution d’Enedis du reste du groupe.

Jeudi dernier, un tiers des salariés étaient en grève contre ce projet, baptisé "Hercule" qui vise à loger Enedis dans la branche d’EDF qui sera largement privatisée. Sa présidente se met ainsi en travers de ce scénario qui suscite beaucoup d’inquiétude et de tensions au sein du distributeur.

Les énergies renouvelables plus favorables à Enedis

Mais ces derniers mois, une autre option émerge autour d’Enedis qui consiste, selon nos informations, à le rapprocher de RTE. Le nouveau patron du Réseau de Transport de l’Electricité, Xavier Piechaczyk, est favorable à un tel scénario, selon plusieurs sources proches de RTE. L’objectif "politique" serait de vendre aux pouvoirs publics la création d’un géant français des réseaux, "Réseaux de France", capable de piloter la transition énergétique. Une union des deux réseaux avait déjà été imaginée il y a plusieurs années par Enedis cette fois, et son ancienne patronne Michèle Bellon. Contactées, les entreprises n'ont pas souhaité commenter.

Industriellement, ce mariage aurait pour but d’intégrer la gestion des infrastructures électriques en France. "Le système électrique se gère encore par les lignes haute tension de RTE, mais avec les énergies renouvelables, ce sera de plus en plus par les réseaux locaux d’Enedis", explique un bon connaisseur des deux entreprises. L’électricité produite par les éoliennes est injectée sur le réseau par Enedis ou RTE selon les zones. Mais le solaire entre essentiellement par celui d’Enedis.

Une machine à cash

A terme, la transition énergétique va favoriser Enedis au détriment de RTE. Ce dernier cherche donc à conserver une rentabilité qui risque de lui échapper. Enedis génère chaque année 4 milliards d’euros de marges, précieuses pour son actionnaire EDF. Au point que, selon nos informations, EDF demande à Enedis de doubler, d’ici quelques années, le dividende qu’il lui verse à environ 1,5 milliard d’euros.

Enfin, ce scénario a aussi le mérite de convenir aux syndicats, eux aussi très remonté contre le projet Hercule. Ils appellent d’ailleurs à une nouvelle journée de grève le jeudi 10 décembre. Ils sont favorables à la création d’un "Réseaux de France" 100% public, aux côtés du "Nucléaire de France" et "Hydro de France"» (barrages), eux aussi nationalisés.

Reste que l’Etat ne semble pas très favorable à ce rapprochement qui viserait surtout à "vider" la partie d’EDF qui doit être scindée: les énergies renouvelables, les services et donc Enedis. Bercy souhaite conserver Enedis dans ce "EDF Vert" pour garantir un haut niveau de marges et attirer des investisseurs privés.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business