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Le Portugal, nouvel épicentre de l'affrontement entre les Etats-Unis et la Chine

Des personnes en terrasse à Lisbonne (Portugal), le 23 juin 2020.

Des personnes en terrasse à Lisbonne (Portugal), le 23 juin 2020. - PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Washington voit d'un mauvais oeil les investissements de l'empire du Milieu dans le pays européen et notamment celui concernant le port de Sines, jugé stratégique.

Dans sa guerre commerciale totale contre la Chine, les États-Unis exercent une amicale pression sur ses partenaires européens pour qu'ils appliquent aussi sa stratégie, comme avec le boycott de l'équipementier télécom chinois Huawei.

L'administration Trump entend également viser les pays qui ouvrent un peu trop les bras aux investissements chinois. C'est le cas du Portugal.

Il faut dire que l'empire du Milieu investit très massivement dans le pays depuis plusieurs années. Après l'éclatement de la crise financière mondiale de 2008, le Portugal, pour bénéficier d'aides internationales, a dû privatiser des pans entiers de son économie, comme l’énergie. Des privatisations qui ont attiré les investisseurs chinois.

10 milliards d'euros d'investissements

Le groupe chinois d'énergie China Three Gorges a ainsi repris en 2011 les 21% de l’État dans EDP (entreprise de production d’électricité) le plus grand groupe portugais. Dans l'assurance, Fosun contrôle depuis 2014 Fidelidade, le premier assureur du pays. Dans la banque, le même Fosun possède 27% de BCP, le plus grand établissement bancaire du pays.Les exemples sont encore nombreux.

Au total, l'investissement chinois au Portugal était estimé il y a un an à quelque 10 milliards d'euros, soit environ 3% du PIB.

Cette forte présence chinoise n'avait pas partuculièrement ému les Etats-Unis mais à l'arrivée de Donald Trump au pouvoir et la mise en place de sa guerre commerciale contre la Chine, les choses ont évidemment changé.

Lorsque China Three Gorges a tenté (sans y parvenir finalement) de prendre le contrôle total de EDP, les Etats-Unis ont commencé à affiché leur désapprobation par la voix de l'ambassadeur des États-Unis à Lisbonne, celui-ci dénonçant une dépendance du Portugal vis-à-vis de Pékin.

Les Etats-Unis haussent le ton

Mais la tension est montée d'un cran après l'annonce l'an dernier du gouvernement portugais de la construction pour 2024 d'un nouveau terminal de containers dans le port de Sines, situé à une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne.

La ministre portugaise des Affaires de la mer, Ana Paula Vitorino, avait alors appelé les entreprises chinoises à investir pour obtenir des concessions afin que ce port devienne une pièce centrale des nouvelles "routes de la soie" mises en place par Pékin. L'appel d'offres a finalement été lancé en octore dernier et les États-Unis haussent aujourd'hui clairement le ton.

Dans un entretien paru samedi dans l'hebdomadaire Expresso, et relayé par l'AFP, George Glass, l'ambassadeur américain au Portugal, appelle Lisbonne à "faire un choix" entre les deux puissances mondiales.

Il rappelle que le port de Sines est "incroyablement stratégique" pour les États-Unis car il est le port européen d'eaux profondes le plus proche du territoire américain.

"J'espère vraiment que Sines n'ira pas aux Chinois (...) Cela ne peut pas arriver", a souligné George Glass, en précisant que cette infrastructure, qui a reçu en 2016 les premières livraisons de gaz naturel liquéfié américain vers l'Union européenne, fait du Portugal "la plaque tournante du gaz et un centre de sécurité énergétique européenne".

Le Portugal inflexible pour le moment

"Nous souhaitons qu'une entreprise occidentale opère et construise le terminal", a ajouté l'ambassadeur, expliquant que les États-Unis ne disposent d'aucune entreprise gérant des ports étrangers.

George Glass a finalement reconnu dans l'entretien que le Portugal était un des fronts du "champ de bataille européen entre les États-Unis et la Chine".

Souverain, le gouvernement portugais a aussitôt réagi aux propos de l'ambassadeur américain par la voix de son ministre des Affaires étrangères. "Au Portugal, ce sont les autorités portugaises qui prennent les décisions, dans l'intérêt du pays", a affirmé Augusto Santos Silvadans une déclaration à l'agence Lusa.

Il faut dire aussi que le Portugal entretient, depuis 1557, une relation bilatérale et privilégiée avec la Chine, à travers notamment le contrôle du territoire de Macao finalement rétrocédé à Pékin en 1999.

Olivier Chicheportiche