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Le fiasco du système de paie de l'Éducation nationale a englouti 400 millions d'euros

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La Cour des comptes estime, dans son rapport annuel, à 400 millions d'euros la facture totale de Sirhen, le système informatisé de gestion des ressources humaines de l’éducation nationale. Commencé en 2007, ce programme de modernisation de la paie du 1,1 million d'agents du ministère, avait été arrêté en juillet 2018.

Après l'échec flagrant de Louvois, le système informatisé de paie des militaires, le fiasco de celui de l'Éducation nationale, baptisé Sirhen, fait l'objet d'un constat sévère de la Cour des comptes. Dans son rapport annuel rendu public ce mardi, celle-ci dénonce "une dérive continue des coûts et des délais malgré la multiplication des audits" pour ce programme qui visait le remplacement de tous les systèmes d’information de gestion des ressources humaines pour englober le 1,1 million d’agents du ministère.

À la fin de l’année 2019, Sirhen a mobilisé plus de 400 millions d'euros d'argent public pour la construction d’un outil informatique "qui ne gère que 2 % des personnels de l’éducation nationale, et n’est utilisable que par 200 gestionnaires RH du ministère".

Lors de sa mise à l'arrêt en juillet 2018 par le ministre de l’éducation nationale, l'outil développé gérait la paie de18.000 personnels de direction et inspecteurs depuis 2014.

Onze ans de déboires, malgré les relances du projet

"À terme Sirhen est voué à disparaître compte tenu de sa complexité, de sa propre obsolescence et de ses coûts de maintenance très élevés : l’investissement réalisé de 400 millions n’aura alors servi à rien" assène, sans ambages, la Cour.

Les onze années d'échecs et de déboires de ce programme sont d'abord le résultat d'un pilotage défaillant du projet. "L’absence d’outils de base pour le suivi du projet explique en grande partie ces défaillances. La direction opérationnelle de programme n’a jamais pu doter les différentes instances d’instruments simples permettant le suivi de l’avancement du programme, la prise en compte des observations remontées des utilisateurs et la prévention des dérives" déplore la Cour des comptes.

L'ampleur de l'externalisation a pénalisé la maîtrise du projet 

Une des conséquences de cette absence de direction du projet a été le déficit du contrôle des prestataires informatiques auxquels ont été externalisés de nombreuses missions dont le développement du code informatique et la maintenance applicative. "L’ampleur des prestations externalisées a privé le ministère d’une maîtrise suffisante de l’outil qu’il construisait" explique le document. Résultat: entre 2007 et 2018, les dépenses externalisées pour réaliser Sirhen ont totalisé près de 263 millions d'euros, soit 88% des dépenses hors charges de personnel et 71 % des dépenses totales.

Pour la Cour des comptes, le ministère de l'Éducation nationale pêche aussi, depuis la décision d'arrêter Sirhen en 2018, par son incapacité actuelle "à bâtir une stratégie alternative, crédible et précise. Le calendrier de sa nouvelle trajectoire est à ce jour non arbitré et le budget nécessaire à sa réalisation demeure inconnu."

Le Premier ministre conteste l'absence d'alternative

Dans sa réponse à la Cour des comptes, le Premier ministre a contesté cette analyse. "À l’issue de ces travaux, une nouvelle trajectoire SIRH du ministère a été actée en octobre 2019. Dès lors, celui-ci dispose bien d’une nouvelle stratégie de modernisation de son SIRH validée au niveau interministériel" expliquent les services de Matignon.

"Les équipes en charge du pilotage du projet ont à cet effet été fortement renforcées depuis le mois de septembre. La nouvelle organisation devrait être opérationnelle en janvier 2020" ajoutent-ils.

Frédéric Bergé