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Lagardère envisage un prêt garanti par l’Etat pour sa filiale Relay

Les boutiques des aéroports souffrent du trafic qui n'a pas repris. Lagardère discute avec des banques mais hésite à demander la caution de l'Etat. Les tensions avec Vincent Bolloré n'arrangent rien.

C’était inévitable pour Lagardère. Le groupe dirigé par Arnaud Lagardère a subi la crise de plein fouet à travers l’une de ses deux branches: le "travel retail". Le réseau de 4800 points de vente dans les gares et surtout les aéroports du monde entier a souffert de l’effondrement du trafic aérien. Selon plusieurs sources, cette filiale à 100% du groupe Lagardère, envisage un prêt garanti de l’Etat (PGE).

Cette division en a bien besoin. Plus connue sous la marque "Relay", elle a vu son chiffre d’affaires plonger de 55% au premier semestre. Elle a surtout perdu 209 millions d’euros. Selon une source proche du groupe, la perte devrait se creuser à environ 300 millions d’euros sur l’année 2020 alors que le trafic aérien ne reprend pas.

Pour cette raison, Lagardère Travel Retail discute avec plusieurs banques d’un prêt garanti de l’Etat (PGE) de plusieurs centaines de millions d’euros. "Supérieur à 500 millions d’euros", précise l’une d’entre elle. Contactée, la direction du groupe n’a pas souhaité commenter. Les discussions ont commencé il y a quelques semaines. L’une des banques concernées serait le Crédit Agricole, l’une des banques historiques du groupe Lagardère et surtout le créancier personnel de son patron, Arnaud Lagardère.

Risque de forcer le démantèlement de Lagardère

Relay n’a pas encore fait de demande officielle auprès de Bercy qui devra valider le "PGE" comme pour toutes les entreprises qui comptent plus de 5000 salariés et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Lagardère Travel Retail comptait précisément 25.000 salariés et plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires avant l’effet de la crise du coronavirus.

La branche distribution du groupe a besoin de deux à trois ans pour se redresser et surtout profiter du rebond du trafic aérien, qui n’est pas attendu avant 2022. Lagardère espère que le gouvernement va prolonger d’un à deux ans le délai de remboursement d’un prêt garanti de l’Etat. Ce qui lui permettrait de tenir jusqu’en 2022 et surtout d’enjamber la prochaine assemblée générale du groupe, en mai 2021, qui promet d’être agitée en raison de la bataille entre ses actionnaires Arnaud Lagardère, Bernard Arnault, Vincent Bolloré et Amber Capital.

Selon nos informations, le groupe avait déjà envisagé un "PGE" il y a quelques mois mais y avait renoncé de peur qu'il ne se mêle, justement, à la guérilla de ses actionnaires. A l’époque, un prêt aurait dû être remboursé en 2021 et aurait pu être utilisé par certains actionnaires pour forcer la vente de Relay et le démantèlement de Lagardère.

C’est ce contexte de fortes tensions entre ses actionnaires qui fait hésiter la direction du groupe à demander un prêt garanti de l’Etat", explique un bon connaisseur du dossier.

Incapacité de Lagardère à financer Relay

Cela illustre en tout cas, pour Relay, l’incapacité de son actionnaire Lagardère à lui assurer sa trésorerie. Le groupe a brûlé 242 millions d’euros de cash au premier semestre et croule en plus sous 2 milliards d’euros de dette. Difficile dans ces conditions de prêter à sa filiale pour l’aider à passer le cap de 2021. Les difficultés financières de Relay risquent d’avoir des répercussions sur le groupe Lagardère et la bataille qui se joue entre Arnaud Lagardère et son associé Bernard Arnault d’un côté et Vincent Bolloré (Vivendi) et le fonds Amber Capital de l’autre.

Depuis quatre ans, l’avenir de cette filiale est en question. Elle a besoin d’investir fortement dans son réseau de points de vente et dans de nouvelles concessions aéroportuaires, sans que son actionnaire Lagardère ne puisse l’aider. Il y a trois ans, le groupe avait envisagé d’ouvrir son capital pour accueillir des investisseurs. Selon nos informations, des discussions avaient eu lieu avec le chinois HNA. L’avenir de Relay reviendra inévitablement sur la table.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business