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La truffe blanche désormais cultivable en France: le jackpot pour les producteurs?

La truffe blanche d'Alba est caractérisée par un parfum intense (photo d'illustration)

La truffe blanche d'Alba est caractérisée par un parfum intense (photo d'illustration) - Blue moon in her eyes - flickr - CC

Une innovation scientifique majeure permet aujourd'hui de cultiver le plus cher des champignon dans des vergers. Mais la route sera encore longue avant d'en tirer profit.

C'est la truffe la plus recherchée, la plus chère et la plus appréciée des fines bouches: la truffe blanche italienne (Tuber magnatum Pico) pousse dans la nature, dans les forêts d’Italie et d’Europe centrale et sa quête était longue et ardue. Mais une révolution technologique change la donne.

Il est en effet désormais possible de la cultiver dans des vergers, dans des régions où cette truffe n'a absolument jamais poussé, à partir de plants de chênes truffiers mycorhizés développés en pépinière. Cette innovation majeure est le fruit de la collaboration de neuf années entre les scientifiques de l’INRAE (Institut national de recherche sur l'alimentation et l'environnement) et les pépinières Robin localisées dans les Hautes-Alpes.

De quoi donner de nouvelles perspectives à un produit qui se vend en moyenne entre 1500 et 5000 euros le kilo (et jusqu'à 50.000 euro/kg pour les plus grosses pièces vendues aux enchères) contre 500 à 1000 euros en moyenne le kilo pour la truffe noire.

Vocations

De quoi surtout offrir de nouvelles opportunités à la filière truffière française. Si la production contrôlée de truffes noires est une réalité depuis de nombreuses années (90% de la production française), la possibilité de cultiver la précieuse truffe blanche pourrait offrir une nouvelle source de revenus non négligeable aux 10 à 15.000 producteurs et provoquer des vocations au vu des prix du mythique champignon...

Pour Michel Tournayre, président de la fédération française des trufficulteurs, cette innovation majeure est une très bonne nouvelle et va "professionnaliser la filière et permettre aux producteurs de pouvoir vivre de cette production en s'orientant dans la production de plusieurs variétés ce qui permet de travailler toute l'année. C'est très important, c'est une grande avancée, cela offre des perspectives importantes".

Cultiver la truffe blanche, c'est en effet s'ouvrir de nouveaux marchés.

Le secteur de la gastronomie sera très preneur de cette truffe blanche, si on arrive dans les années qui arrivent à la produire. On joue la carte de la proximité, beaucoup de restaurateurs qui ne la travaillaient pas vont le faire", poursuit le responsable.

Un espoir important pour une filière qui souffre actuellement d'une crise à cause de la baisse chronique des volumes de production de truffes noires depuis 2015, notamment à cause des sécheresses.

De la patience et du travail

Pour autant, qu'il s'agisse des producteurs actuels ou de nouveaux venus, la fortune ne se fera pas en un jour. Le retour sur investissement sera très long: au moins 5 à 6 ans entre la mise en terre du plant et la première récolte du précieux champignon. "Nous n'en sommes qu'au tout début", soulignent les acteurs de cette innovation.

Pouvoir la cultiver dans des environnements où la truffe est absente, ça ouvre des perspectives, confirme Claude Murat", ingénieur à l'INRAE. "Mais le trufficulteur devra respecter les techniques, d'arrosage par exemple, et les conditions pédoclimatiques" car tous les sols ne se prêteront pas à cette culture. "Si le travail est bien réalisé et les conditions respectées, le cultivateur a de bonnes chances d'avoir une récolte", ajoute-t-il.
Plant de chêne mycorhizé pour la truffe blanche
Plant de chêne mycorhizé pour la truffe blanche © BFM Business

D'autant plus que les plants vendus "sont contrôlés, jusqu'à l'ADN, numérotés et recontrôlés. Il y a une certitude absolue sur la mycorhization du plant, donc si les conditions de culture sont respectées (traitement, arrosage...) ainsi que les conditions de sol, ça fonctionne comme ça fonctionne pour la truffe noire", souligne Bruno Robin, président de la pépinière du même nom qui a développé avec l'INRAE cette innovation et qui commercialise les plants.

Doubler la production

Il faut aussi prendre en compte le prix élevé du plant, bien supérieur à celui de la truffe noire: 80/90 euros le plant contre 12/15 euros pour la noire. "C'est le coût du contrôle du plant qui pèse sur le prix final", explique Bruno Robin. L'investissement n'est pas anecdotique. Et il ne sera pas possible de planter à côté de plants de truffes noires.

Reste que malgré ces contraintes, cette possibilité offerte par la science est perçue comme un souffle d'optimisme pour le secteur. "On en a livré plusieurs centaines cet automne et on vise plusieurs milliers cette année", avance Bruno Robin.

"On est en capacité de doubler la production", et de rappeller que son entreprise écoule "120.000 plants de truffes noires par an donc le potentiel est important mais ça nécessitera un grand nombre d'années", explique-t-il.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business