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La lutte contre le gaspillage alimentaire se cherche un second souffle

Chaque année, chaque Français jette 30 kg de produits alimentaires

Chaque année, chaque Français jette 30 kg de produits alimentaires - -

A l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation et de lutte contre le gaspillage alimentaire, l'Ademe rappelle que chaque Français jette annuellement 30 kg de produits alimentaires

"En 2011, j'ai été choquée de devoir jeter des tonnes de concombres pendant une crise sanitaire car plus personne n'en voulait": comme Angélique Delahaye, maraîchère en Touraine, la filière agro-alimentaire a appris à combattre le gaspillage. Elle doit maintenant faire plus.

Grâce à Solaal, qui permet aux associations caritatives de récupérer les invendus des agriculteurs, l'exploitante, aujourd'hui présidente d'une association de dons agricoles, a déjà donné plus d'une dizaine de tonnes de produits cette année.

La lutte contre le gaspillage alimentaire, peu médiatisée jusqu'à des lois récentes qui ont obligé la grande distribution puis les industriels à donner leurs invendus plutôt que les détruire, a significativement progressé ces dernières années.

Mais, avant la journée mondiale de l'alimentation et de lutte contre le gaspillage alimentaire vendredi, l'Ademe rappelle que chaque Français continue de jeter annuellement 30 kg de produits alimentaires.

Un véritable drame alors que, avant le Covid-19, 9% de la population mondiale souffrait déjà de la faim, selon l'ONU. En France, le confinement a appauvri un quart des ménages selon l'Insee et le Secours populaire a reçu 1,27 million de demandes d'aide alimentaire en deux mois, contre 3,3 millions pour toute l'année 2019.

Le député de la Mayenne Guillaume Garot, à l'origine de la loi de 2016 qui a permis d'augmenter de presque un quart les dons des supermarchés aux associations, s'apprête d'ailleurs "à déposer une nouvelle proposition de loi".

Des glanages solidaires dans les champs

Les contrôles sont manifestement insuffisants et la qualité des dons est parfois problématique", regrette-t-il.

L'élu aimerait que ce combat soit déclaré "grande cause nationale" pour gagner en visibilité, bénéficier d'outils de mesure globale performants, et que soit créé un fonds de soutien d'une cinquantaine de millions d'euros pour renforcer les moyens d'associations caritatives en manque de bras, d'équipements de stockage et de transport réfrigérés adaptés aux denrées périssables.

Au niveau de la production, responsable de 32% du gaspillage alimentaire selon une étude de 2016 de l'Ademe, l'association Solaal organise aussi des glanages solidaires dans les champs où jusqu'à 10% des récoltes ne sont pas toujours ramassées.

Via Solaal, qui a redistribué depuis 2013 19.000 tonnes de denrées qui représentent 38 millions de repas, le fabricant de pâtes Alpina vient d'en donner 9,6 tonnes à la Croix-Rouge guyanaise et Lesieur s'apprête à y envoyer 7,3 tonnes d'huile.

Des petites conserveries transforment aussi fruits et légumes pour allonger leur durée d'utilisation. D'autres acteurs montent des restaurants solidaires basés sur la récupération.

Soumis à forte concurrence, les industriels de l'agroalimentaire restent discrets mais certains agissent. L'usine Mousline de Rosières, qui valorise 100% de ses déchets, compte utiliser entre 10 et 12% de tubercules hors calibre. Le fabricant de pâtés Hénaff, qui voudrait valoriser 95% de ses déchets d'ici 2030 contre 87% aujourd'hui, utilise lui comme biocombustible ses résidus de graisse alimentaire.

60 tonnes des poubelles

Faute de moyens, certains ont aussi tardé avant de réaliser les économies possibles: un test de l'Ademe vient de montrer à 19 industriels qu'ils pouvaient réduire leurs pertes de 15%. La plateforme numérique de la société Comerso rapproche ses 700 clients industriels des associations d'aide.

Deux tiers du gaspillage alimentaire transite entre les entreprises, assure Pierre-Yves Pasquier, son co-fondateur. C'est un phénomène extrêmement difficile à capter, diffus sur l'ensemble de la chaîne. On sort 60 tonnes des poubelles de nos clients tous les jours".

Enfin, la start-up Phénix "branche", selon son co-fondateur Jean Moreau, distributeurs (14% du gaspillage) et industriels (21%) aux "consommateurs (19%), associations caritatives et à la filière alimentation animale". Son application, téléchargée 1,2 million de fois, a permis de "sauver 70 millions de repas de la poubelle depuis 2014".

Longtemps critiqués, les supermarchés économisent en rémunérant Phénix des frais de destruction compris entre 80 et 120 euros la tonne et bénéficient d'une réduction fiscale sur les produits donnés. Pour progresser, il faudrait maintenant que la grande distribution donne "plus qu'un jour ou deux par semaine et jette le reste du temps", rappelle Yves Pasquier.

Arnaud Schwartz, président de l'ONG France Nature Environnement, pointe lui en amont le rôle de l'Europe et celui, néfaste, des centrales d'achats qui imposent massivement "l'esthétique" des fruits et légumes, écartant tout ceux qui s'écartent de la "norme sociale".

PS avec AFP