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La crise a plus creusé les inégalités en France qu'en Allemagne

Les inégalités en France sont en hausse depuis les années 2000

Les inégalités en France sont en hausse depuis les années 2000 - Images of Money - Flickr - CC

Alors qu'elle était au même niveau que sa voisine d'outre-Rhin au milieu des années 2000, la France a vu ses inégalités se creuser plus fortement par la suite. En cause: la crise, qui a plus joué en France qu'en Allemagne sur les différences de niveaux de vie.

La France est connue pour être un pays où le principe de redistribution, via les prestations sociales et le système fiscal, permet de limiter les inégalités, contrairement aux pays anglo-saxons.

Mais une étude de l'Insee publiée ce mardi 28 juin vient quelque peu écorner cette image d'Épinal. Elle montre ainsi que pendant la période de crise (2008-2011) les inégalités se sont accrues. Même si elles auraient été plus fortes sans notre système socio-fiscal, elles ont progressé plus fortement qu'en Allemagne, pays qui, à l'époque, n'avait pas encore de salaire minimum.

L'impact lourd de la crise

La période de crise est en effet venue rompre une longue période où les inégalités en France s'étaient presque constamment réduites. Pour les mesurer, l'Insee utilise un outil bien connu des statisticiens appelé indice de Gini qui, concrètement, permet de mesurer la dispersion sur des données. L'institut l'a appliqué au niveau de vie (voir définition) soit, pour simplifier, l'ensemble des revenus d'un ménage divisé par le nombre de personnes composant le foyer. Cet indice varie de 1 (inégalité totale) à 0 (égalité parfaite).

Des années 70 jusqu'aux années 90, cet indice n'a cessé de diminuer avant de se stabiliser, puis d'augmenter légèrement au cours des années 2000.

La crise va toutefois marquer un tournant fort. Entre 2008 et 2011, l'indice de Gini passe de 0,289 à 0,306, c'est-à-dire une hausse de 6%. Soit presque deux fois plus que sur la période 1996-2008, où les inégalités avaient augmenté de 3,5%. "Les inégalités se sont nettement creusées" résume l'Insee.

La faute à la hausse du chômage qui a tout d'abord affecté les plus modestes. En effet, en 2008, le niveau de vie qui faisait qu'un Français appartenait aux 10% des ménages les plus pauvres était de 11.230 euros. En 2011, il chute à 10.820 euros. En fait, l'accroissement des inégalités est plus fort à partir de 2010. En 2009, la crise avait frappé de plein fouet l'ensemble des ménages. Mais, passé 2010, la légère reprise a permis aux plus aisés de se refaire, grâce à la hausse des revenus du patrimoine (immobilier, actions). "Dans le même temps, pour les plus bas revenus, le taux de chômage ne baisse pas et son indemnisation se réduit au fur et à mesure que la durée du chômage s'allonge", souligne l'Insee.

La force de l'emploi allemand

Certes, le creusement des inégalités aurait été encore plus fort sans notre système de redistribution. Sans les prestations sociales et les allocations, le niveau de vie des 10% des Français les plus modestes aurait baissé de plus de 3% entre 2008 et 2011. La chute n'a finalement été "que" de 1,1%. À l'inverse, pour les 10% les plus riches, la fiscalité a freiné la hausse du niveau de vie (+0,8% au lieu de 1%).

Il n'empêche qu'en comparaison, l'Allemagne a elle traversé la crise sans que les inégalités ne se creusent. "Après 2005, les caractéristiques du marché de l'emploi, comme la position occupée par l'appareil productif allemand dans l'économie mondiale concourent à la baisse des inégalités de niveau de vie, la crise paraissant sans effet notable à la fin des années 2000", constate l'Insee. La date de 2005 n'est pas anodine puisque c'est à partir de cette année que les réformes du marché du travail (dites "Hartz IV") sont entrées en vigueur. En dynamisant et en flexibilisant le marché de l'emploi (allègement du coût du travail, incitation à l'emploi, baisse des indemnisations chômage), ces mesures ont fait nettement diminuer le taux de chômage, qui est passé de 12% (janvier 2005) à 8,7% (janvier 2008). Elles ont ainsi permis, lors de la crise, de limiter la casse, le taux de chômage ne dépassant pas les 9%. Il a même presque constamment baissé depuis fin 2010, pour descendre jusqu'à 6% actuellement.

La force du marché de l'emploi allemand conjuguée à sa compétitivité lui a donc permis de maintenir bas le chômage. L'effet sur les inégalités est frappant. L'indice de Gini baisse de 0,302 à 0,283 entre 2007 et 2011, avant de refluer un peu (voir graphique). Au point que l'Allemagne était en 2012 moins inégalitaire que l'Hexagone (indice de Gini de 0,297 contre 0,301 pour la France) ce qui n'était pas le cas en 2005.

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Meilleur que la moyenne européenne

Certes, entre temps, les inégalités se sont réduites en France en 2012 et surtout en 2013, où l'indice de Gini a brusquement chuté, passant de 0,305 à 0,291. La raison: la hausse de la fiscalité voulue par François Hollande qui a surtout impacté les Français les plus aisés via l'alourdissement des prélèvements sur les revenus du patrimoine. À l'inverse, l'Allemagne a elle vu son indice progresser fortement en 2013, pour atteindre 0,307.

Ce qui fait que la France reste nettement moins inégalitaire que l'ensemble des pays de l'Union européenne (avec un indice de Gini en moyenne de 0,309). "Malgré une tendance à la hausse des inégalités depuis les années 2000, la France reste en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE en termes d’inégalité", ajoute Antoine Boiron, de l'Insee.

Par ailleurs, on note que les inégalités se sont nettement réduites au Royaume-Uni avant de repartir de plus belle à partir de 2010. Ce qui s'explique avant tout par la forte baisse des revenus financiers qui ont fortement impacté les classes supérieures.