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La couverture santé, point faible des États-Unis face à l'épidémie de coronavirus?

27,5 millions d'Américains n'ont pas de couverture santé

27,5 millions d'Américains n'ont pas de couverture santé - Joseph Prezioso / AFP

En l'absence de couverture santé universelle, certains Américains préfèrent renoncer aux soins. De quoi renforcer les risques sanitaires en période d'épidémie.

Plus de 500 cas et au moins 21 morts. L'épidémie de coronavirus se propage un peu plus chaque jour aux États-Unis où 34 États sont désormais touchés. Et sans surprise, la crise sanitaire s'est invitée dans les débats des primaires démocrates. Le candidat Bernie Sanders a notamment fustigé la réticence de l'administration Trump à garantir un vaccin à prix abordable et défendu son projet de Medicare for All visant à mettre en place une couverture santé universelle:

"Selon la doctrine de Trump, si vous êtes riche, vous pouvez acheter un vaccin et ne pas succomber à la maladie. Si vous êtes pauvre ou ouvrier, vous devrez peut-être tomber malade ou même mourir. [...] C'est un scandale. C'est inacceptable. Nous avons besoin d'un vaccin accessible à tous, pas seulement à ceux qui peuvent se le permettre", a indiqué celui qui considère les soins de santé comme "un droit humain". 

Pas de couverture universelle

À l'image de Bernie Sanders, nombreux sont ceux qui présentent le système d'assurance maladie américain comme l'un des principaux points faibles des États-Unis face à l'épidémie de coronavirus. Sur ce point, "les États-Unis sont moins bien armés que les pays européens", reconnaît Gérard Cornilleau, économiste spécialiste des politiques sociales. 

Car si le système de santé publique américain est l'un des plus performants (veille sanitaire, anticipation...), les États-Unis restent la seule nation industrialisée à ne pas posséder d'assurance universelle. Leur système fonctionne donc essentiellement à partir d'assurances privées.

Résultat, tous les actifs ne sont pas couverts de la même façon. "Les 320 millions d’américains disposent de couvertures très variées en extension, en qualité et en coût, selon leur situation économique et sociale", observe Claude Le Pen, économiste spécialiste des politiques économiques de santé.
Ainsi, lorsqu'un dépistage au coronavirus sera "pris en charge à 100% par l'Assurance maladie en France, là-bas, tout dépend de votre contrat d'assurance", illustre encore Frédéric Bizard, économiste expert en protection sociale.

Seuls les plus démunis et les seniors bénéficient d'une assurance de santé publique (Medicaid et Medicair) outre-Atlantique mais cette couverture n'est pas complète. Pour le reste, près de la moitié des Américains ont une couverture santé privée via leur employeur et 7% sont couverts à titre individuel.

Reste qu'environ 50 millions de personnes sont mal assurées. Pire encore, 27,5 millions d'Américains, soit 9% de la population, n'ont pas de couverture et ne bénéficient donc d'aucun remboursement de frais de santé. 

Refus de déclarer

Ce système réserve parfois de mauvaises surprises pour les citoyens américains qui, rappelons-le, vivent dans le pays où le coût moyen des soins est de loin le plus élevé au monde. En témoigne le cas de cette homme qui, après avoir fait l'objet d'examens écartant finalement l'hypothèse d'une contamination au coronavirus, a reçu une facture de 3270 dollars, partiellement prise en charge à hauteur de 1870 dollars par son assurance. Ou encore celui de ce père de famille et de sa fille, contraints d'être placés en quarantaine après un retour de Wuhan et dont le passage à l'hôpital a été facturé 4000 dollars. 

L'absence d'un système de santé universel contraints certains Américains ayant une couverture insuffisante voire nulle à renoncer aux soins. Ce qui peut compliquer davantage la lutte contre la propagation de l'épidémie. "Il y aura certainement un phénomène d'évitement des consultations par des gens qui veulent éviter une participation financière trop importante et qui refuseront donc de se déclarer", prédit Frédéric Bizard. 

"Il est possible que la propagation, si elle se poursuit, souligne les disparités en matière d'accès aux soins que nous connaissons déjà mais que nous n'avons pas réussi à réduire", a déclaré de son côté Brian Garibaldi, directeur médical de l'unité de confinement biologique de l'université Johns Hopkins à l'AFP.

Congés maladies

Au-delà de la question du système de santé outre-Atlantique, c'est la culture américaine elle-même qui pousse certains salariés à se rendre au travail alors même qu'ils sont malades. Et ce, malgré les recommandations du Centre de contrôle et de prévention des maladies. De fait, les arrêts maladie y sont parfois mal vus. 

Surtout, les États-Unis sont le seul pays développé à ne pas avoir inscrit dans la loi au niveau national le congé maladie avec maintien de salaire. Si certains États l'ont adopté, d'autres autorisent encore le licenciement d'un salarié malade. "Mais la plupart des programmes d’assurance privé d’entreprises prévoient des congés maladie payés avec une grande hétérogénéité d’application", souligne Claude Le Pen. 

Toujours est-il que 25% des salariés américains n'ont pas droit au congé maladie payé, selon Le Monde. Ils sont même 42% dans les secteurs des services, notamment dans la restauration et la prise en charge des enfants, à ne pas en bénéficier et 33% dans l'industrie. Or, tous ne peuvent pas se permettre de perdre plusieurs jours de salaires, ce qui les incitent à se rendre tout de même sur leur lieu de travail. De quoi renforcer la propagation de l'épidémie. En conséquence, certaines banques ainsi que la NASA ont commencé à expérimenter le télétravail pour leurs employés. 

le modèle européen vu des états-unis

Ce lundi, le New York Times consacre un article au modèle social européen qui pourrait "alléger le bilan de l'épidémie" de coronavirus. Bien que différents les uns des autres, les systèmes de santé dans le Vieux Continent sont beaucoup plus protecteurs qu'aux États-Unis.

"Garder son salaire tout en soignant un enfant en quarantaine. Exercer le droit de ne pas travailler au cas où vous auriez peur de tomber malade. Indemnité de congé de maladie jusqu'à six mois...". Tels sont les avantages listés par le quotidien qui estime que "le système de santé universel en Europe contribue par exemple à préserver l'économie en soutenant les dépenses des consommateurs pendant une épidémie, ces derniers ne recevant pas de facture faramineuse en cas de maladie".

Le journal s'attarde notamment sur le droit de retrait français, les congés maladie payés en France mais aussi dans d'autres pays voisins, l'indemnisation de chômage partiel... Autant d'éléments permettant d'"atténuer l'impact" de l'épidémie, selon le New York Times. Le système français est en effet considéré comme l'un des plus protecteurs du monde: "En cas de crise, il sert d'amortisseur, ce qui n'est pas le cas du système américain", note Frédéric Bizard.

Paul Louis