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L'Assurance maladie veut lever le pied sur les économies

 Médicaments génériques, arrêts de travail, lutte contre la fraude

Médicaments génériques, arrêts de travail, lutte contre la fraude - PHILIPPE HUGUEN © 2019 AFP

Malgré un déficit de 31 milliards prévu cette année en raison du coronavirus, l'Assurance Maladie ne compte pas se serrer la ceinture. Elle va continuer à traquer les "dépenses inutiles" et les fraudes, mais ne va pas demander davantage d'économies aux hopitaux.

Médicaments génériques, arrêts de travail, lutte contre la fraude... L'Assurance maladie a renouvelé vendredi sa prescription annuelle d'économies, en réduisant la dose de moitié avec un objectif fixé à un peu plus d'un milliard d'euros pour 2021.

La crise sanitaire n'est pas terminée, l'heure n'est pas à la cure d'austérité. Saignée par le coronavirus et le confinement (31 milliards d'euros de déficit prévus cette année), l'Assurance maladie n'entend pas serrer le garrot l'an prochain pour juguler ses pertes.
Au contraire, dans son traditionnel rapport "Charges et produits" remis chaque année en amont du budget de la Sécu présenté à l'automne, elle abaisse nettement le montant des économies attendues pour freiner la hausse inexorable des dépenses de santé: 1,07 milliard d'euros en 2021, contre 2,07 milliards visés en 2020.

Des traitements moins coûteux

Une baisse justifiée par "la moindre progression des soins de ville (...) qui se traduira par un effet de base potentiellement favorable". En clair, la chute d'activité des médecins, dentistes et autres kinés depuis la mi-mars ne sera pas rattrapée d'ici la fin de l'année. Inutile donc de demander des efforts supplémentaires à ces professionnels dont les revenus ont été mis à mal, d'autant plus que l'hypothèse d'une nouvelle "vague" épidémique ne peut être écartée. Ce qui n'exclut pas de continuer à traquer les "dépenses inutiles", en particulier "pour favoriser un meilleur usage" de certains types de médicaments, la plupart du temps via des actions ciblées sur les médecins les plus concernés (paracétamol, antidépresseurs, anxiolytiques, anti-hypertenseurs...).

Une campagne de promotion de la peu coûteuse metformine pour le traitement du diabète de type 2 est aussi envisagée. De nouvelles molécules anti-cholestérol (Repatha et Praluent) pourraient à l'inverse faire l'objet d'une demande d'accord préalable, afin d'éviter une envolée des remboursements. Si l'Assurance maladie compte toujours sur les génériques et biosimilaires pour limiter les coûts, les antibiotiques ne font en revanche plus partie de ses priorités.

Développer la télémédecine

L'absence d'économies concernant l'hôpital saute également aux yeux: le développement de la chirurgie "ambulatoire" (sans hospitalisation) a disparu du programme, de même que les traitements facturés par les établissements de santé. Ce secteur apparait donc largement épargné, alors que l'exécutif s'apprête à annoncer des hausses de salaires conséquentes et d'importants investissements dans le cadre du "Ségur de la santé". Cette vaste concertation lancée fin mai doit en effet concrétiser d'ici mi-juillet le "plan massif" promis par Emmanuel Macron afin d'améliorer le quotidien des soignants et l'accueil des malades. D'autres n'auront pas droit aux mêmes égards: l'Assurance maladie a ainsi reconduit à l'identique ses objectifs d'économies pour l'imagerie et les transports sanitaires.

Reste à voir comment réagiront ces professions, qui ont déjà fait grève contre leurs dernières réformes tarifaires, début 2017 pour les radiologues et fin 2018 pour les ambulanciers. Les cibles sont aussi maintenues au même niveau - ou presque - pour les arrêts de travail et les fraudes. Mais rien ne garantit qu'elles seront atteintes: en 2019, sur les 2,01 milliards espérés au total, seuls les deux-tiers ont été réalisés.

D'autres propositions tendent à l'inverse à accroître les dépenses, notamment pour "rattraper le retard" en matière de cancer colorectal: "plusieurs centaines de milliers de tests" de dépistage et "près de 182.000 endoscopies" manqueraient à l'appel. Et pour écluser les quelque 15.000 interventions chirurgicales annulées, il faudrait "entre 6 et 22 mois", à condition que les blocs, qui tournent encore au ralenti, retrouvent une capacité supérieure à la normale. L'Assurance maladie souhaite par ailleurs "poursuivre le déploiement de la télémédecine" en prolongeant jusqu'à fin 2021 la prise en charge à 100% des téléconsultations, et en conservant jusqu'à la fin de l'année les règles du "télésoin" (infirmiers, kinés, sages-femmes...) qui arrivent à échéance "avec la fin de l'état d'urgence sanitaire" le 10 juillet.

C.C. avec AFP