BFM Business

Jean Pisani-Ferry sur la règle des 3%: "On va revenir dans les clous mais il faut des clous différents"

Jean Pisani-Ferry sur BFM Business

Jean Pisani-Ferry sur BFM Business - BFM Business

L'économiste qui était l'architecte du programme économique d'Emmanuel Macron plaide pour un changement des règles de déficit et de dette en Europe pour relancer durablement la croissance.

Faudra-t-il revenir sous les 3% de déficit? Alors que Bruno Le Maire compte souhaite que la France retrouve ce niveau d'ici 2027, des voix commencent à s'élever pour mettre fin à cette règle européenne.

C'est le cas de l'économiste Jean Pisani-Ferry qui était l'architecte du programme économique d'Emmanuel Macron en 2017 invité sur BFM Business ce mercredi.

"Les règles numériques ne sont plus adaptées aux nouveaux contextes, assure l'économiste qui enseigne à Science-po. A la fois au niveau très élevé des dettes, au niveau très faible des taux d'intérêt, l'Etat français emprunte encore à un taux très légèrement négatif. Au fait que un peu partout dans le monde on se dit qu'il faut avoir une nouvelle conception du rôle de la politique budgétaire. La Banque centrale dit "je n'y arrive pas toute seule", il faut que la banque centrale viennent m'aider."

Si l'économiste reconnaît qu'il doit à l'avenir y avoir des règles, il estime que ces dernières doivent changer.

"Dans ce contexte, propose-t-il, il faut reprendre les choses à la base, on a suspendu le pacte de stabilité. On va revenir dans les clous, mais dans quels clous? Il faut des clous différents?"

Des nouvelles règles décentralisées

Reste à savoir si les autres pays de l'Union qui respectent ce pacte de stabilité accepteraient de changer les règles. Selon Jean Pisani-Ferry, la plupart des pays seraient prêts à les faire évoluer.

"Pour préparer ces recommandations nous avons échangé avec des économistes européens et des institutions européennes, ce n'est pas un débat franco-français, assure l'économiste. C'est vrai qu'en France quand on est au dessous de 3% on pense qu'on est dangereusement vertueux mais le fait que les règles sont à bout de souffle c'est largement reconnu."

Ces nouvelles règles que Jean Pisani-Ferry appelle de ses voeux ne sont pas chiffrées mais doivent s'adapter aux situations des Etats, notamment pour les dettes publiques dont le pacte de stabilité prévoit qu'elles ne doivent pas dépasser les 60%.

"Il y a des Etats qui ont des dettes considérables, des Etats qui ont une dette beaucoup plus faible, des Etats qui ont une croissance potentielle, d'autres qui n'en ont pas et le fait de dire 60% c'est beaucoup trop loin quand on a des Etats qui partent de 120%", explique-t-il.

"Joe Biden en fait trop"

Pour assurer malgré tout la solvabilité des Etats, il faut des disciplines budgétaires différenciées" en fonction de chaque pays avec plus de "décentralisation", explique l'économiste.

"Ce qu'on propose c'est que le gouvernement dise "mon objectif de dette à cinq ans c'est ça", le haut conseil des finances publiques [...] dit si c'est crédible ou pas, et sur cette base la mécanique européenne s'enclenche", détaille-t-il.

Pour autant l'économiste estime que la politique budgétaire doit avoir des limites et juge que la politique américaine de relance est excessive.

"Joe Biden je pense en fait trop, juge Jean Pisani-Ferry. Son plan de relance immédiat -pas le plan d'investissement qui répond à un problème d'infrastructures- mais les chèques à 1400 dollars par foyer c'est trop par rapport à la situation de l'économie américaine. Mais on a des leçons à tirer de cette approche américaine qui veut retrouver son niveau d'avant-crise."
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco