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Trump a-t-il pensé virer Powell ?

Le président de la Fed, Jerome Powell

Le président de la Fed, Jerome Powell - MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Selon l’agence Bloomberg, le président a discuté avec ses conseillers du limogeage du président de la réserve fédérale

C’est une volée de tweet qui a sonné l’alerte. Au milieu de la semaine écoulée, Donald Trump est allé assez loin dans les attaques directes contre le président de la banque centrale des Etats Unis, accusé, selon lui, de menacer la stabilité économique des Etats-Unis : « it’s incredible that with a strong dollar and virtually no inflation, the outside world blowing up around us, Paris is burning and China way down, the Fed is even considering yet another interest rate hike » ( « incroyable que la Fed pense relever les taux d’intérêts dans les conditions dans lesquelles nous sommes en ce moment »)

Deux jours plus tard, en pleine réunion du comité de politique monétaire, il envoyait une nouvelle salve : « don’t let the market become any more illiquid than it already is. Stop with the 50B’s. Fell the market ». Un tweet sans doute totalement incompréhensible pour l’électorat qui le suit sur twitter, mais peu importe, il fallait faire passer le message. En pure perte. La Fed a fait ce que le président ne voulait pas qu’elle fasse, notamment maintenir son programme de réduction de « liquidités », les « 50B’s », qui revient effectivement à retirer chaque mois 50 milliards de dollars des marchés planétaires. La banque centrale américaine le fait parce qu’elle juge le moment propice, l’économie américaine suffisamment forte, et qu’elle peut dans cette période réaliser des opérations qui lui permettront d’agir face à la prochaine crise, et débrancher petit à petit les perfusions qui soutiennent l’économie mondiale depuis 2009.

De même a-t-elle une nouvelle fois remonté les taux d’intérêts qu’elle contrôle, ce qui mécaniquement renchérit le « coût de l’argent » et du crédit, mais permet justement de calmer une machine économique au plein emploi, dopée par les baisses d’impôts de Donald Trump. Dans sa décision la Fed laisse entendre qu'elle le fera encore en 2019

Le secrétaire au trésor dément sur Twitter

Donald Trump a visiblement beaucoup de mal à supporter cette défiance, et selon l’agence Bloomberg, il a évoqué la possibilité de limoger le président de la Réserve fédérale (qu'il a lui-même nommé). Bloomberg précise que des conseillers proches de Trump ne sont pas convaincus que le président s'apprête à agir contre Powell et espèrent au contraire que son accès de colère se dissipera avec les congés de fin d'année.

L'affaire prenant de l'ampleur dans les media américains, c'est le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin qui publiait à son tour deux tweets pour démentir: « j'ai parlé avec le président @realDonaldTrump et il a dit “je suis en total désaccord avec la politique de la fed. Je pense que la remontée les taux d'intérêt et la réduction du bilan sont une terrible erreur (is an absolute terrible thing to do at this time), particulièrement à la lumière de mes négociations commerciales importantes qui se déroulent en ce moment. Mais je n'ai jamais envisagé de virer le Président Jay Powell, pas plus que je ne pense avoir le droit de le faire ( nor do I believe I have the right to do so).” »

C'est que l’affaire est particulièrement grave. L’indépendance est en effet la valeur la plus importante sur laquelle repose la stabilité d’une banque centrale, et donc, concernant les Etats-Unis, la stabilité du dollar. La pression est telle, que les opérateurs ne savent pas si Jerome Powell a décidé de maintenir sa politique de normalisation monétaire parce qu’il la juge adaptée à la situation, ou bien s’il l’a fait pour bien affirmer son indépendance. C’est bien cette confusion qui aggrave aujourd’hui les turbulences de marché (pire semaine pour le Dow Jones depuis octobre 2008) : « la Chine ralentit, la zone euro aussi et certains indicateurs américains ont fléchi un peu récemment mais la Fed a tout de même relevé ses taux et signalé deux hausses en 2019 », rappelle l'analyste Michael Hewson (CMC Markets) pour résumer le contexte, estimant, comme beaucoup d’opérateurs que la Fed avait commis « une erreur ». Les grands indices ont brièvement salué les propos du président de la Fed de New York, John Williams, soulignant que la banque centrale était à l'écoute des marchés et n'excluait pas de modifier sa politique monétaire en cas de besoin, mais la tentative de rebond a fait long feu.

Les questions budgétaires vont détourner Donald Trump vers d’autres sujets, mais la question reviendra forcément, sans doute jusqu’au bout de son mandat. L'intervention (rare) du secrétaire au trésor, prouve au moins que chacun à conscience des conséquences potentiellement dévastatrices de ce conflit économique et monétaire