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Tous les taux d'intérêt de la dette américaine passent sous la barre de 1%, une première dans l'histoire

Dans un climat de panique boursière, les investisseurs se ruent sur la dette des pays les plus sûrs. Ce qui fait baisser les taux, en particulier sur les obligations américaines.

Face au nouveau vent de panique boursière s'abattant sur les marchés mondiaux lundi, les investisseurs se réfugiaient sur la dette des pays réputés sûrs, Etats-Unis et Allemagne en tête, faisant chuter les taux d'intérêt à des niveaux jamais atteints. 

Vers 13H00 GMT (14h00 à Paris), le taux d'intérêt sur la dette américaine à dix ans se détendait à 0,429%, soit une baisse de 33 points de base, après avoir chuté jusqu'à 0,323% un peu plus tôt, le plus bas de son histoire. Le taux d'intérêt évolue en sens opposé à celui du prix des obligations.

Fait inédit, tous les rendements de la dette américaine évoluaient sous la barre de 1% lundi après le passage sous ce niveau du taux de la dette à 30 ans. Ce taux s'affichait à 0,899% après être passé sous le seuil symbolique de 1% quelques heures plus tôt.

Les taux français en baisse

"On observe une aversion au risque très forte" sur le marché de la dette, relève Hubert Lemoine, directeur des investissements chez Schelcher Prince Gestion, interrogé par l'AFP.

Autres valeurs refuge pour les investisseurs, l'obligation allemande à dix ans, le "Bund", cotait avec un taux d'intérêt à -0,874% en début d'après-midi, en baisse de 16 points de base, après avoir touché un nouveau record à la baisse à -0,891%. Celui à 30 ans s'affichait à -0,526%, peu après avoir atteint son nouveau plus bas historique à -0,548%.

Le taux français à dix ans s'enfonçait lui aussi un peu plus en territoire négatif, à -0,405% contre -0,352% à la précédente clôture, après avoir touché un plus bas à -0,414% en milieu de matinée.

Les investisseurs se réfugient vers ces actifs réputés peu risqués, ces Etats présentant peu de risque de faire défaut, alors que les places financières connaissaient un nouveau lundi sombre: à Paris, le CAC dégringolait de 7,62%, à Francfort, le Dax perdait 7,40% et à Londres, le FTSE 100 s'effondrait de 7,15%.

Ces chutes spectaculaires surviennent dans le sillage de l'écroulement des cours du pétrole alors que des discussions entre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés, principalement la Russie, ont échoué vendredi.

Guerre des prix dans le pétrole

La décision de l'Arabie Saoudite d'entrer dans une guerre des prix avec la Russie après le refus de cette dernière de participer à une nouvelle baisse des quotas de production lors de la réunion de la semaine dernière a conduit les cours du pétrole à dévisser de plus de 30%, un plongeon observé en 1991 au moment de la guerre du Golfe.

A l'inverse, le taux d'intérêt sur la dette de certains pays périphériques de la zone euro se tendait, à l'instar du taux italien à dix ans qui évoluait à 1,336%, soit une hausse de 27 points de base par rapport à la précédente clôture, alors que l'Italie est confrontée à une paralysie économique du fait de la crise du coronavirus.

Le marché de la dette et l'ensemble des marchés financiers sont soumis à de très fortes pressions depuis l'éclatement de cette crise sanitaire à travers le monde, faisant notamment craindre des faillites massives d'entreprises en raison de potentielles mesures de confinement. 

La BCE attendue jeudi

Face aux turbulences financières, les autorités tentent de rassurer: après avoir annoncé une baisse surprise des taux d'intérêt de 0,50 point le 3 mars, la Banque centrale américaine a annoncé lundi qu'elle allait injecter au moins 150 milliards de dollars par jour sur le marché monétaire.

La Banque centrale européenne est désormais très attendue et pourrait déployer jeudi un éventail de mesures, inédites pour certaines, alors que ses marges de manoeuvre sur les taux sont réduites du fait de taux déjà au plus bas.

Après les prêts géants bon marché accordés aux banques (TLTRO) depuis cet automne, dont les conditions pourraient être encore assouplies, il pourrait s'agir de lancer un programme de prêts "pour les PME", indique à l'AFP une source proche de la BCE. Face à l'épidémie, sa présidente, Christine Lagarde, devrait par ailleurs plus que jamais inviter les Etats à réagir, elle qui martèle que la politique monétaire ne peut pas tout faire.

Parmi de potentielles mesures budgétaires, les analystes de la Banque postale AM évoquent des mesures de soutien à la consommation et à la trésorerie des entreprises. Il existe "beaucoup de solutions pour amoindrir les effets récessifs du coronavirus, reste à savoir si elles seront mises en place", résument-ils.

OC avec AFP