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Russie : sérénité officielle face au repli du pétrole

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Réunis mercredi au Kremlin, gouvernement et pétroliers russes ont voulu montrer que la chute des cours ne les affectait pas outre-mesure

Une ambiance détendue, sans lien pourtant avec la séance avant-hier de fort rebond des cours du pétrole. Le grand quotidien moscovite Kommersant raconte un « calme étonnant » : « Le gouvernement et l’industrie pétrolière réagissent avec philosophie à la baisse des prix de plus de 40 % depuis octobre ». Ce détachement, le ministre des Finances Anton Silouanov l’a revendiqué en expliquant que la chute des cours ne le « dérange guère », dès lors que le budget 2019 est bâti autour d’une prévision à 42 dollars le baril. Il pense que le brut peut bien rester à 40 ou 50 dollars durant six mois ou un an, sans que cela ne change grand-chose à la solidité des réserves internationales du pays. La cagnotte de la banque centrale russe (CBR) atteint 462 milliards de dollars, soit 30 milliards de plus qu’il y a un an… En cas de déprime persistante, il y a donc de quoi faire face. La CBR a, de toute manière, pris les devants en abaissant sa prévision annuelle sur le baril à 55 dollars. Le ministre de l’Energie Alexander Novak estime, pour sa part, que la situation va se stabiliser d’ici à l’été, avec une demande qui reprendra alors. Comme si chacun à Moscou se jugeait désormais suffisamment renseigné par l’expérience de 2015, lorsque le pétrole s’était effondré à 27 dollars pour ensuite rebondir et regarnir les réserves.

Urgence écartée

Dans ces conditions, le porte-parole de la présidence russe affirme que « le sujet est sous contrôle » et qu’il n’y a « aucune raison » d’organiser de réunions d’urgence » avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). La thèse à Moscou, c’est que les effets de l’accord du 7 décembre conclu avec l’Opep (une diminution à venir de la production de 1,2 million de barils-jour) sont simplement différés. Cela n’a pas empêché que s’expriment hier au Kremlin quelques nuances. Igor Setchine, le PDG de Rosneft (1er groupe pétrolier russe) a même eu recours au sarcasme. Il a ainsi déclaré que « les prix auraient dû se stabiliser, parce que tout le monde était supposé avoir peur [après cet accord] … Mais, personne n’a eu peur ». Le PDG de Rosneft considère que c’est la banque centrale des Etats-Unis qui, en relevant ses taux d’intérêt, a contraint « les spéculateurs » à vendre leurs positions, provoquant de la sorte la baisse des cours pétroliers. Difficile de ne pas analyser l’ensemble de ces propos autrement que comme une remise en question des capacités de la Russie et de l’Opep à orienter ensemble le marché.

Coup dur aussi pour le rouble

Quand le pétrole recule, la monnaie russe suit : elle a reculé de 17 % sur une année. Mais le ministre des Finances tente de convaincre ses concitoyens que cette corrélation négative n’est plus automatique. Hier soir, interrogé sur la 1ère chaîne de la télévision nationale, Anton Silouanov a soutenu que « rien ne permet de parler d’instabilité du rouble », disant par ailleurs « espérer » que les retraits de capitaux étrangers soient moindres en 2019. A en croire la CBR, la volatilité de la monnaie est redescendue aux niveaux ayant précédé la dernière salve de sanctions américaines, en août. Pourtant, certains signes laissent transparaître une crainte d’instabilité par ce biais. La semaine dernière, la présidence a entériné un texte de loi bannissant de la voie publique les nombreuses enseignes donnant le taux de change avec le dollar et l’euro. Un éditorialiste du quotidien économique Vedomosti y voit « le moyen d’éloigner du regard du peuple l’indicateur le plus intelligible de la situation économique du pays ». Et un scénariste moscovite, opposant résolu, persifle : « Ces panneaux disaient la vérité tous les jours. C’est pour cela qu’ils ont été interdits. » Un responsable de la CBR assure, lui, que cette décision répond uniquement à une volonté de remettre de l’ordre dans la prolifération de bureaux de change illégaux.