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Renversement de situation sur le marché pétrolier

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Le mois prochain, l’Arabie Saoudite va diminuer ses exportations de 500 000 barils-jour.

Même si le consensus entre producteurs de pétrole n’est pas encore acquis, le ministre saoudien de l’Energie a l’intention de démontrer que c’est lui qui garde la main. Face à ses collègues réunis dimanche à Abu Dhabi, Khalid Al Falih a invoqué les volumes en retraits demandés par les raffineurs, aiguillon autrement plus fiable à ses yeux que la poussée de la production de brut aux Etats-Unis, désormais 900 000 barils-jour (b/j) au-dessus de celle de l’Arabie Saoudite.

Le ministre saoudien balaie d’un revers de la main ces données de l’administration américaine de l’Energie : « Ne les prenez pas trop au sérieux », a-t-il lancé à des journalistes. Et s’il faut ajuster un peu, ce serait simplement pour entamer 2019 avec des « stocks au minimum ». Pour Riyad, l’analyse est simplement « technique ».

Son homologue d’Oman, un producteur qui n’est pas membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a évalué à 1 million de b/j la quantité globale à retirer du marché, pour commencer. Il reste donc a déterminer qui, essentiellement dans la région du Golfe, va accompagner les Saoudiens dans leur mouvement de repli. Les Émirats arabes unis adhèrent au principe, semble-t-il de façon bien plus affirmée que le Koweït, dont le ministre n’a pas jugé utile de se déplacer pour la rencontre.

Tandem Arabie Saoudite-Irak

L’Arabie Saoudite montre, par ailleurs, des égards appuyés pour l’Irak, à présent le 2ème en volume au sein de l’Opep et appelé à y regagner encore plus d’importance avec le redémarrage de certains gros gisements au Nord. La veille de la réunion, Khalid Al Falih s’est rendu à Bagdad, où le porte-parole du ministère du Pétrole a fait état d’un travail à deux afin de stabiliser le marché mondial. Toutefois, l’Irak demande à connaître précisément l’évolution des exportations de l’Iran avant de décider des mesures à prendre. 

Facteur iranien central

En limitant ses propres sanctions contre l’Iran, avec des dérogations pour 6 mois octroyées notamment à la Chine, l’Inde et la Turquie, entre autres grands consommateurs de brut iranien, Washington a pris de revers le marché. A moins, comme le soutient une analyste à Dubaï, que ce soit le marché qui ait contraint les Etats-Unis à oublier un temps leur volonté que le monde se passe de la ressource iranienne.

Pour ce qui la concerne, la Russie fait savoir qu’elle prend en compte la soudaine modification de ce paramètre. A la rencontre d’Abu Dhabi, le ministre russe de l’Energie s’est voulu plus explicite encore que son collègue d’Oman : l’excès d’offre pourrait être compris entre 1 million et 1,4 million de b/j.

Alexander Novak a rappelé qu’il y a « seulement un mois la discussion portait sur un déficit de pétrole ». C’est « l’assouplissement des sanctions américaines » qui, selon lui, « a modifié la tendance ». Alors, il explique qu’une poursuite de « la surveillance » de la situation s’impose avant de décider d’une baisse de la production. Cette précaution formulée, en veillant dimanche à afficher en permanence sa pleine entente avec son homologue saoudien, Alexander Novak laisse peu de doutes sur la participation russe à la réduction de l’offre en décembre.