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Renault : Thierry Bolloré, l'homme et la machine

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- - Fabrice COFFRINI / AFP

Confirmé dans ses fonctions de numéro 2 de Renault, Thierry Bolloré va pouvoir sortir de l'ombre et s'imposer comme premier chef d'atelier du groupe.

C'est l'homme qui va gérer la machine Renault, ou plus précisément continuer à le faire, puisqu'il occupe ce poste de numéro 2 depuis 1 an. Malgré tout, d'un naturel plutôt discret, il a toujours été dans l'ombre écrasante de son ancien mentor Carlos Ghosn. Mais Thierry Bolloré va sans doute retrouver la lumière.

Car l'homme est avant tout un grand professionnel de l'outil industriel. Tout comme Jean-Dominique Senard, qui va prendre la présidence du constructeur, tout comme Carlos Ghosn d'ailleurs, Thierry Bolloré a forgé ses premières armes chez Michelin, où il a fait quasiment toute sa carrière.

Connaissance du marché asiatique

Il y a commencé en 1990, à Poitiers, comme chef d'atelier sur les pneus poids lourd. Mais rapidement le management repère en lui un véritable talent de gestionnaire de l'outil de production. Il prend rapidement du galon et on l'oriente vers les responsabilités à l'international.

Juste avant l'an 2000 il part pour le Japon et la Thaïlande, où il se forge une très solide connaissance des marchés asiatiques. On lui confie notamment les négociations commerciales sur le secteur des pneus d'aviation, un marché éminemment stratégique.

Une expérience qu'il va ensuite mettre à profit chez l'équipementier Faurecia, cette fois sur les systèmes d'échappement. Il y entre en 2005, directement bombardé Vice-Président pour l'Asie, et basé en Chine. Sa connaissance des us et coutumes et des spécificités de l'ensemble du marché asiatique devient sa force première.

Renault : mission multiple

Devenu un nom qui compte dans l'industrie automobile, et fort de ses relations nouées chez Michelin avec Carlos Ghosn, c'est naturellement qu'il trace sa voie vers Renault, où il entre 2012. Le patron de Renault lui confie une feuille de route extrêmement précise, qu'il va exécuter avec succès. 

Tout d'abord, améliorer l'efficacité de l'outil industriel Renault, et accélérer la transformation numérique du groupe. Ensuite, en plein milieu du scandale du Dieselgate chez Volkswagen, il doit réévaluer le rôle du diesel dans la gamme Renault et prendre des décisions drastiques. Thierry Bolloré décide donc de lancer un programme pour réduire l'offre Diesel de Renault de 50% de 2017 à 2022.

Retrouver la lumière

Enfin, chantier d'image s'il en est, on lui confie aussi la conception d'un nouveau service d'autopartage électrique Renault à Paris, destiné à prendre le relais d'Autolib. C'est chose faite également avec le service Moov'In Paris, qui sera doté d'une flotte de 2000 voitures avant la fin de cette année, destinée à s'étendre dans les années à venir.

Des succès qui ont forgé la réputation et la légitimité indiscutable de Thierry Bolloré à son poste opérationnel chez Renault. Reste un problème d'image, qui reste encore floue à l'heure actuelle, cachée derrière l'écrasante personnalité de Carlos Ghosn. C'est sans doute la raison pour laquelle le conseil de Renault n'a pas voulu dans l'immédiat le propulser directement à la présidence du constructeur.

Mais il y a de fortes chances que le tandem complémentaire qu'il va former avec le président Jean-Dominique Sénard lui soit justement bien plus profitable pour prendre encore de l'ampleur... Et briguer dans le futur la présidence de Renault... Et pourquoi pas de l'Alliance.