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Poutine menace d'attaquer l'Ukraine en justice si elle ne rembourse pas sa dette

Vladimir Poutine a donné l'ordre

Vladimir Poutine a donné l'ordre - KIRILL KUDRYAVTSEV - AFP

La Russie lève le ton. Le président Vladimir Poutine a ordonné ce mercredi 9 décembre à son gouvernement d'attaquer l'Ukraine devant la justice internationale si cette dernière ne lui rembourse pas une dette de trois milliards de dollars ce mois-ci comme prévu, ce que Kiev refuse aux conditions actuelles.

Il a en revanche demandé la reprise des livraisons de charbon à Kiev, réduites en représailles au sabotage de lignes à haute tension sur le territoire ukrainien qui avait plongé dans le noir la Crimée.

"Très bien, saisissez la justice"

Le chef de l'État russe s'exprimait lors d'un conseil des ministres pendant lequel son ministre des Finances Anton Silouanov a fait le point sur l'impasse actuelle concernant ce crédit accordé par Moscou en 2013 au régime du président prorusse Viktor Ianoukovitch.

"Très bien, saisissez la justice", a déclaré Vladimir Poutine. Le remboursement de la dette est attendu d'ici au 20 décembre mais l'Ukraine exige que Moscou accepte d'en effacer une partie comme l'ont fait les créanciers privés (banques, fonds...). Lors du sommet du G20 d'Antalya en novembre, Vladimir Poutine s'était dit prêt à étaler le remboursement sur trois ans à condition de garanties des pays Occidentaux.

Interrogé par les agences russes, Anton Silouanov a précisé qu'en vertu des normes internationales, une fois la date butoir du 20 décembre passée, l'Ukraine disposerait encore de dix jours pour payer avant que la Russie ne puisse saisir une cour d'arbitrage international. "J'ai le sentiment qu'ils ne payeront pas car ce sont des escrocs", a tempêté de son côté le Premier ministre Dmitri Medvedev.

Une économie ukrainienne menacée

Mardi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a prévenu qu'il n'y aurait "pas d'autre proposition de la part de la Russie" et estimé que faute de remboursement l'Ukraine se trouverait en situation de défaut sur sa dette. Les autorités ukrainiennes estiment qu'il ne s'agit pas d'une dette souveraine (d'État à État) mais commerciale car apportée via une opération sur les marchés financiers. Elles veulent donc lui appliquer l'accord obtenu avec ses créanciers privés qui ont accepté un effacement de 20%.

Alors qu'un défaut sur la dette risquait d'entraver la poursuite du plan d'aide financier international à l'Ukraine, le Fonds monétaire international a modifié mardi la règle interne en cause. Moscou a aussitôt dénoncé une décision "hâtive et biaisée". Le président russe est également revenu sur la coupure géante de courant qui avait frappé fin novembre la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en mars 2014.

Moscou avait alors réduit ses livraisons de charbon aux centrales électriques ukrainiennes. Mardi, la compagne d'électricité ukrainienne Ukrenergo a annoncé avoir rétabli le courant vers la Crimée sur l'une des quatre lignes qui alimentent la péninsule. Par conséquent, "il faut reprendre les livraisons de charbon à l'Ukraine", a déclaré Vladimir Poutine mercredi. Les autorités de la Crimée et Moscou ont accusé le gouvernement ukrainien d'avoir laissé se produire le sabotage de lignes à haute tension sur son territoire. Kiev assure de son côté ne pas connaître les responsables.

J.M. avec AFP