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Le parti de Vladimir Poutine perd un tiers de ses élus dans la ville de Moscou

Photo AFP, le Président Vladimir Poutine vote le 8 septembre 2019

Photo AFP, le Président Vladimir Poutine vote le 8 septembre 2019 - -

Avec 20 districts remportés sur les 45 de la capitale, les opposants au Kremlin gagnent du terrain à Moscou. Un camouflet politique pour le président russe.

C'est un revers électoral symbolique pour Vladimir Poutine. Les opposants au Kremlin ont remporté 20 districts sur les 45 que compte la capitale, lors des élections du Parlement de Moscou qui se tenaient ce dimanche. S'ils contrôlent encore le Parlement moscovite, les députés pro-Kremlin, avec 25 sièges sur 45, perdent près d'un tiers de leurs élus par rapport à la mandature précédente. En 2014, les candidats du parti présidentiel Russie unie et leurs alliés avaient remporté 38 sièges.

Le taux de participation est toutefois resté très bas à Moscou à 21,77%, à peine plus que lors de la précédente élection locale en 2014.

Le parti des communistes affiche la plus belle progression et passe de 5 à 13 députés. Deux autres partis entrent au Parlement moscovite: les libéraux de Iabloko, qui remportent trois sièges et pourront en plus compter sur une indépendante qu'ils soutenaient, et le parti Russie juste, considéré comme faisant partie de l'opposition "tolérée" par le Kremlin, qui gagne trois députés.

Chute de popularité du parti au pouvoir

Dans un mouvement de protestation inédit depuis 2012, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Moscou à un rythme quasi hebdomadaire depuis mi-juillet, à l'appel de l'opposition, furieuse de voir ses candidats écartés de ce scrutin. L'opposant Alexeï Navalny, dont tous les alliés ont été exclus des élections, avait appelé les électeurs à "voter intelligemment" en soutenant les mieux placés pour battre les candidats du Kremlin.

Neuf anciens députés du parti présidentiel Russie unie n'ont pas réussi à garder leur siège, parmi lesquels le chef de la branche moscovite du parti, Andreï Metelsky, député depuis 2001.

Face à la chute de la popularité de Russie unie, les autorités avaient pourtant pris soin de ne présenter aucun candidat sous cette bannière, tentant d'aller chercher des personnalités issues de la société civile. Mission ratée avec quelques échecs retentissants, comme celui de la vice-rectrice de la prestigieuse Ecole des hautes études en sciences économiques (HSE), Valeria Kassamara. Officiellement indépendante, elle était soutenue par le pouvoir et a bénéficié d'une large campagne d'affichage.

La HSE a été un des foyers de la contestation de l'été, notamment après l'arrestation d'un de ses étudiants accusé d'avoir participé à des manifestations, Egor Joukov. Egalement blogueur populaire, celui-ci est poursuivi dans une enquête pour "extrémisme" en raison des contenus de ses vidéos YouTube. Pour la plupart non autorisées, les manifestations de l'été ont donné lieu à près de 2.700 interpellations à Moscou, du jamais vu depuis la vague de protestations de 2011-2012 qui avait précédé le retour de Poutine à la présidence après un mandat de Premier ministre.

L'Onu dénonce un "recours excessif" à la force

Pratiquement toutes les figures de l'opposition ont reçu de courtes peines de prison et cinq manifestants ont écopé de lourdes peines pour "violences" envers les forces de l'ordre, allant jusqu'à quatre ans de prison. Lundi, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, a demandé l'ouverture d'enquêtes sur le "recours excessif" à la force par la police russe au cours de ces manifestations. Elle a aussi appelé les autorités à "respecter la liberté d'expression, le droit de réunion pacifique et le droit de participer aux affaires publiques".

En tout, plus de 5.000 élections avaient lieu dans le pays dimanche, les Russes devant élire 16 gouverneurs régionaux et les parlementaires locaux de 13 régions, dont la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014.

A Saint-Pétersbourg, où la campagne avait été très controversée, le gouverneur par intérim soutenu par le Kremlin Alexandre Beglov s'est fait réélire dès le premier tour mais l'opposition a dénoncé de nombreuses fraudes électorales. Ailleurs en Russie, la majorité des gouverneurs soutenus par Russie unie ont été réélus.

Gaëlle Ohan-Tchelebian avec AFP