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Lagarde veut que l'UE tire les leçons du vote sur le Brexit

Pour Christine Lagarde, les institutions de l'Union européenne doivent être moins opaques.

Pour Christine Lagarde, les institutions de l'Union européenne doivent être moins opaques. - Miguel Medina - AFP

Si pour la patronne du FMI, ce vote a peu de risques de provoquer une récession planétaire, elle estime tout de même qu'il doit servir d'électrochoc.

Christine Lagarde se veut sereine concernant les conséquences du vote sur le Brexit. "C'est une des principales sources de risques pour le moment mais nous ne pensons pas qu'une récession mondiale soit très probable", a déclaré la patronne du FMI dans un entretien exclusif à l'AFP.

Ses effets "immédiats" se feront d'abord sentir au Royaume-Uni avec des "retombées" dans la zone euro a assuré Christine Lagarde, pressant Britanniques et Européens à s'entendre au plus vite sur un "calendrier" de séparation pour "réduire les incertitudes". "Le mot-clé dans cette affaire de Brexit est l'incertitude et plus cette incertitude va durer plus le risque sera grand", a déclaré la dirigeante qui vient d'entamer son deuxième mandat de cinq ans à la tête du FMI.

Selon elle, le vote en faveur du Brexit révèle par ailleurs un certain "désenchantement" lié à la complexité et à l'opacité des institutions européennes. "L'UE doit faire beaucoup plus pour expliquer de manière plus transparente ce qu'elle fait, ce que cela signifie pour la population, les coûts et bénéfices de son action", a assuré cette grande habituée des raouts européens.

Cesser de blâmer Bruxelles

Christine Lagarde a toutefois également appelé les pays membres de l'UE à cesser de blâmer Bruxelles pour "tout ce qui va de travers". "Je l'ai vu moi-même et il est possible que je m'en sois moi-même rendue coupable", a admis l'ancienne ministre française de l'Économie (2007-2011). L'issue du scrutin britannique du 23 juin pourrait, selon elle, également être liée à une caractéristique des consultations référendaires qui veut que les électeurs ne répondent souvent pas à la question qui leur est posée.

"Quelle que soit la simplicité de la question, les gens s'attachent aux sujets qui sont les plus pressants dans leur esprit", analyse Christine Lagarde. Malgré l'incertitude économique, la directrice générale du FMI se montre toutefois "optimiste": le Brexit pourrait paradoxalement être un "catalyseur" poussant les pays de l'UE à approfondir leur intégration économique.

"Avoir une dimension humaine"

Par ailleurs, Christine Lagarde affirme que le FMI doit aider les "perdants" de la mondialisation. "Même quand nous devons jouer les méchants, nous devons également être sensibles et avoir une dimension humaine", a déclaré la dirigeante qui a entamé mardi un deuxième mandat à la tête du Fonds monétaire international.

Souvent critiqué pour les cures d'austérité qu'il préconise, le Fonds doit, selon Christine Lagarde, répondre aux failles de la mondialisation économique et de la phénoménale accélération des échanges sur le globe. "La mondialisation a fait beaucoup de bonnes choses et a sorti de nombreuses personnes de la pauvreté mais elle a également produit des perdants dont l'emploi a été transféré vers des lieux de production moins coûteux". Selon elle, le FMI peut aider ces populations en accordant plus d'attention aux "inégalités excessives, la place des femmes, le changement climatique ou la corruption" et en s'assurant de la solidité des "filets de sécurité sociaux".

"J'ai agi de bonne foi"

Concernant l'affaire Tapie, la directrice générale du FMI a assuré avoir "agi de bonne foi". "J'ai toujours agi de bonne foi et en accord avec la loi et j'ai toujours eu l'intérêt public en tête", a déclaré la dirigeante. Christine Lagarde est mise en cause pour avoir, alors qu'elle était ministre de l'Économie, choisi de recourir à une procédure d'arbitrage pour régler le vieux contentieux entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas.

L'appel formé contre son renvoi devant le tribunal a été examiné vendredi dernier et une décision finale est attendue le 22 juillet. Cette affaire tentaculaire a conduit à l'annulation de l'arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie et à la mise en examen de six personnes pour escroquerie en bande organisée, dont l'homme d'affaires et un des trois juges-arbitres, Pierre Estoup.

"Ce n'était pas dans mes compétences de sélectionner les juges arbitres, d'enquêter sur leur passé et leurs antécédents et je n'avais aucune raison, étant donné leur réputation, de douter de leur probité et de leur honnêteté", a assuré Christine Lagarde. Tout en se disant concentrée sur sa mission à la tête du Fonds, la dirigeante a assuré qu'elle exposerait "clairement ces arguments" à la justice si elle était renvoyée au tribunal comme l'a requis le ministère public.

D. L. avec AFP