BFM Business

La stratégie de Washington pour éviter une récession

Donald Trump a beau mettre en avant la bonne santé économique de son pays, il n’empêche que des responsables de la Maison-Blanche étudient plusieurs options pour éviter une entrée des Etats-Unis en récession.

L’objectif affiché est clair, il est même limpide comme de l’eau de roche. Les Etats-Unis souhaitent stimuler leur économie. Sauf que pour parvenir à cette fin, différentes mesures sont actuellement étudiées. C’est en tous cas ce que plusieurs médias américains ont rapporté lundi 19 août. C’est le cas du Washington Post et du New York Times qui soulignent que la Maison-Blanche serait prête non seulement à opérer une baisse temporaire de la taxe sur les salaires pour améliorer le pouvoir d'achat des travailleurs, mais également à renoncer aux nouveaux droits de douane imposés par l'administration Trump aux importations chinoises dans le cadre de la guerre commerciale.

De fait, si Washington réfléchit à ces pistes actuellement, c’est bien parce qu’une majorité d’économistes s’attendent à une récession entre 2020 et 2021. La politique accommodante de la Fed permettant, certes, de soutenir un peu plus son expansion sans pour autant offrir une importante marge de manœuvre en cas de crise.

Une question de temps ?

Il faut dire que cela fait maintenant des mois que l’on promet aux Etats-Unis un retournement du cycle. Mais force est de constater que la première puissance économique mondiale résiste bien. Pour combien de temps ? Selon un sondage réalisé par la National Association for Business Economists (NABE), la récession est très probable d’ici les deux ans à venir. Sur les 226 économistes interrogés, 38% tablent sur l’année prochaine tandis que 34% s’attendent à une contraction en 2021. « Annoncer une récession en 2020 ou 2021, vous ne prenez pas un risque considérable de crédibilité » glisse Christopher Dembik, responsable de la recherche économique de Saxo Bank. « La récession viendra, ce n’est qu’une question de temps. »

Traditionnellement, les récessions américaines sont généralement brutales et inattendues. Si les chiffres actuels de la croissance américaine (2,1% au seconde trimestre) restent solides, tout comme le chômage qui demeure très bas, c’est plutôt du côté de la courbe des rendements, des mises en chantier encore de la production industrielle qu’il faut se pencher. « On pourrait citer 30 ou 50 indicateurs avancés qui envoient le même message pessimiste » insiste Christopher Dembik.

A LIRE AUSSI - « La prochaine récession ne viendra pas de la finance »

En revanche, seuls 2% des économistes interrogés pronostiquent une récession dès cette année, alors que le ralentissement est général en Europe et en Asie. Ce petit miracle, on le doit notamment à Trump et à sa politique fiscale qui a clairement donné un coup de boost à l’économie. « Son ambition, c’est de prolonger ce cycle » rappelle Emmanuel Lechypre, éditorialiste chez BFM Business. « Mais le bilan de cette politique reste décevant, notamment pour les entreprises. En réalité, cela a surtout encouragé les rachats d’actions. »

Les limites du Quantitative Easing

L’expansion devrait aussi être prolongée par le changement politique de la Fed qui a finalement décidé d’abaisser ses taux directeurs. Et cette politique accommodante est partie pour durer. « Le marché est totalement acquis à une nouvelle baisse des taux en septembre » souligne Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo BHF, invité à intervenir sur BFM Business.

Mais cette baisse de taux semble tout de même intervenir à contre-courant. Les Etats-Unis ont-ils réellement besoin d’une politique accommodante en période de croissance solide ? « Si on s’en tient au mandat sur l’inflation, la Fed n’aurait pas dû intervenir » explique Christopher Dembik. « Mais les Banques centrales ont désormais un rôle plus large sur la stabilité financière et l’action budgétaire. »

Le problème, c’est que la Fed se prive de marges de manœuvre lorsque la récession arrivera. Faute de pouvoir baisser les taux, la banque centrale américaine pourra opérer des rachats d’actifs. « Mais les dernières études montrent que l’impact du Quantitative Easing est difficile à cerner » tempère Christopher Dembik.

Résumons : les Etats-Unis pourraient bien se retrouver dans une position délicate où la Maison Blanche a déjà utilisé le levier fiscal (et provoqué par ailleurs une forte augmentation de la dette), tandis que la Fed manquera probablement de moyens puissants pour inverser la tendance.

Reste à connaitre l’ampleur de la récession. D’un côté, c’est probablement la première fois que la contraction est autant évoquée. « Théoriquement, on doit donc être préparé » insiste Christopher Dembik. Mais le problème qu’il soulève, c’est le nombre de « bulles et de phénomènes anormaux sur les marchés financiers » qui présentent un « réel risque. »

La prochaine élection américaine sera déterminante. Dans la guerre commerciale, Pékin ne cache plus son espoir d’un nouveau président des Etats-Unis l’année prochaine pour calmer les tensions. Les marchés seront surement très attentifs à ce facteur clé. De son côté, Donald Trump espère bien voir l’activité de son pays tenir au moins jusqu’en novembre 2020. Mais les marchés montrent déjà des signes de faiblesse, ce qui a poussé le président américain à lever le pied sur les sanctions envers la Chine. Pour lui, le compte à rebours est lancé.

Thomas LEROY