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La Fed relève ses taux pour la première fois en 10 ans

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- - Jonathan Ernst - Reuters

La Banque centrale américaine a relevé ses taux, une première depuis près de 10 ans, ce mercredi 16 décembre, comme s'y attendaient les marchés. Elle a évoqué une remontée "progressive" à suivre.

Une décision historique. La Réserve fédérale américaine a annoncé ce mercredi relever ses taux directeurs pour la première fois depuis près de dix ans, amorçant ainsi la normalisation de sa politique monétaire après des mois de spéculations. Une nouvelle à laquelle s'attendaient les marchés. Elle a été prise de manière "unanime" par les membres du Comité monétaire (FOMC) à l'issue de deux jours de réunion à Washington.

Ces taux seront relevés de 0,25 point de pourcentage et évolueront désormais dans une fourchette comprise entre 0,25% à 0,50%. La Banque centrale américaine promet ensuite de continuer à les remonter "graduellement". Les futures hausses dépendront des données économiques à venir et la politique monétaire restera, en tout état de cause, accommodante pendant "un certain temps". "Les taux fédéraux au jour le jour devraient probablement rester, pour un certain temps, sous les niveaux qui devraient être les leurs sur le long terme", écrit le FOMC.

La fin d'une politique monétaire très souple ?

Les membres de la Réserve fédérale estiment que les taux d'intérêt vont évoluer à la hausse de manière modérée, selon des projections publiées mercredi à l'issue d'une réunion monétaire de la Fed. Les membres du Comité monétaire jugent que les taux d'intérêt se situeront à 1,4% fin 2016, selon une estimation médiane inchangée par rapport à septembre.

Cette hausse est modeste mais elle pourrait marquer le début de la fin de la politique monétaire extrêmement accommodante déployée par la Réserve fédérale pour soutenir la reprise américaine et fluidifier le crédit après la récession de 2008-2009. Sa résonance promet par ailleurs d'être planétaire.

Des turbulences à venir dans le monde entier

Ce changement de cap, qui tranche avec l'intensification de l'action des banques centrales européenne et japonaise, pourrait ainsi provoquer des turbulences sur les marchés mondiaux, rendus nerveux par la fin de l'ère de "l'argent pas cher", et déstabiliser des pays émergents inquiets de voir les investisseurs se ruer vers le dollar.

Sous l'impulsion de sa présidente Janet Yellen, la Réserve fédérale a franchi le pas en dépit de ces risques en s'appuyant sur l'amélioration de la santé économique des États-Unis.

La Fed plus optimiste sur l'emploi

La Fed a par ailleurs relevé également légèrement sa prévision de croissance pour 2016 en se montrant également plus optimiste sur le front de l'emploi. Le produit intérieur brut (PIB) américain devrait progresser de 2,4% sur un an au dernier trimestre 2016, marquant une très légère amélioration par rapport aux 2,3% prévus en septembre, selon les nouvelles projections du FOMC de la Fed.

Après ces annonces, le billet vers se renforçait légèrement par rapport aux autres monnaies. L'euro tombait légèrement dans le rouge face au dollar, tandis que Wall Street se maintenait en hausse. Aux alentours de 20 heures à Paris, l'euro valait 1,0910 dollar - contre 1,0930 la veille vers 23 heures. À Wall Street, le Dow Jones prenait 111,77 points, soit 0,64%, à 17.636,68 points, après s'être brièvement orienté en baisse.

En septembre, la Fed renonce à cause de la Chine

La dernière hausse des taux aux Etats-Unis remontait à juin 2006 lorsque la Fed voulait calmer le marché immobilier qui éclatera deux ans plus tard avec la crise des prêts à risques "subprimes".

Avec cette décision unanime, la banque centrale a su surmonter ses divisions. Certains de ses dirigeants plaidaient pour le statu quo en raison de la faible inflation et des incertitudes sur la reprise tandis que d'autres mettaient en garde contre le risque de surchauffe de l'économie, abreuvée de dollars bon marché depuis sept ans. Les faux départs ont été nombreux. En septembre, la banque centrale avait renoncé à franchir le pas en arguant notamment d'un accès de faiblesse de l'économie chinoise.

Dans l'immédiat, le relèvement des taux - qui déterminent le coût des prêts que les banques se font entre elles- devrait avoir peu d'effets aux Etats-Unis mais il pourrait à terme avoir des répercussions sur le portefeuille des Américains, renchérir le coût du crédit et doper la rémunération de l'épargne.

Les émergents peuvent "attacher leur ceinture"

La grande inconnue porte surtout l'impact pour les pays émergents. La politique des taux zéro a poussé de nombreux investisseurs à placer leurs fonds au Brésil, en Turquie ou en Afrique du Sud, en quête de rendements plus rémunérateurs. Avec ce changement de cap, ces pays vont devenir moins attractifs et pourraient subir une brusque accélération d'un exil des capitaux qui a déjà commencé. La Banque mondiale leur a d'ailleurs conseillé d'"attacher leur ceinture" et à se préparer à des turbulences.

Autre conséquence de la hausse des taux, la probable appréciation du dollar risque de pénaliser les exportations américaines mais elle pourrait également peser sur les entreprises étrangères qui ont contracté des emprunts libellés en billet vert et dont le fardeau de la dette risque de subitement s'alourdir.

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N.G. avec AFP