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L’Iran prêt à des négociations avec les Etats-Unis, qui aussitôt les écartent

Donald Trump présente le décret signé pour appliquer des sanctions à l'Iran.

Donald Trump présente le décret signé pour appliquer des sanctions à l'Iran. - Mandel Ngan - AFP

Le chef de la diplomatie américaine se montre sceptique sur l’offre de dialogue formulée par le président iranien Hassan Rohani, qui pose en préalable la levée des sanctions économiques

L’arrêt de « l’escalade des tensions » réclamé conjointement, dimanche, par Berlin, Londres et Paris n’est pas pour demain. Dans un entretien au « Washington Post », le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a jugé que le président iranien Hassan Rohani ne faisait que reformuler une « offre identique » à celle faite à l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama. Dans un discours télévisé, hier, Hassan Rohani a assuré que son pays a « toujours cru aux pourparlers ». La proposition de dialogue tient, affirme-t-il, tout de suite et où que ce soit. Néanmoins, cela requiert pour lui que les Américains mettent fin à leur « pression économique » et reviennent à l’accord nucléaire de 2015, dont ils se sont retirés l’an dernier.

Or, à la mi-juin, le Guide de la révolution excluait catégoriquement, pour sa part, toute discussion avec le président américain, l’Ayatollah Ali Khamenei, l’autorité politique suprême, avait estimé que Donald Trump « ne mérite pas que l’on échange de messages avec lui ». Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, en visite officielle à Téhéran, avait alors tenté une médiation, sans succès. Les tonalités différentes entendues au sommet du pouvoir iranien ne signifient pas, pour autant, de dissension sur l’essentiel : depuis le début du mois, les infractions à l’accord de Vienne sont effectuées d’une seule voix. D’abord le franchissement de la limite des stocks d’uranium enrichi, puis l’augmentation du niveau d’enrichissement de cet uranium.

Zéro importation

Tant que Washington empêche le reste du monde d’acheter des hydrocarbures iraniens, personne à Téhéran ne s’aventurera à solliciter, sans conditions, des négociations. Dans son propos d’hier, le président Rohani a rappelé qu’après l’entrée en vigueur d l’accord de 2015, les exportations de pétrole sont montées jusqu’à 2,8 millions de barils-jour. Et puis, les projets d’exploitation, avec des compagnies internationales, d’un nouveau méga-champ gazier dans le Golfe Persique prenaient forme. De ce nouvel essor, il ne demeure plus grand-chose. Les uns après les autres, clients et partenaires étrangers s’en sont allés. Dernière illustration en date, la Corée du Sud, auparavant gros acquéreur, a fait savoir qu’elle a cessé la moindre importation pétrolière depuis mai.

Toutefois, c’est moins à ces acheteurs qui se rétractent que Téhéran en veut qu’aux signataires européens de l’accord de 2015. Arrivé à New York pour des réunions aux Nations unies, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a de nouveau mis en cause l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni pour n’avoir toujours pas pris « les mesures indispensables » au maintien du pacte. « Il y a un grand fossé entre les actions et les promesses de l’Union européenne », a-t-il lancé. Dans son entretien au « Washington Post », Mike Pompeo n’a pas voulu dire si des contacts peuvent avoir lieu avec son homologue iranien ou bien sa délégation, présents sur le sol américain. Il a plutôt insisté sur le fait que les déplacements de Mohammad Javad Zarif seraient très restreints.

« Vandalisme diplomatique »

Certains analystes américains pensent que cette liberté de manœuvre, même extrêmement limitée, atteste d’une volonté de la Maison-Blanche de se ménager encore une voie pour la diplomatie, parce que Mohammad Javad Zarif était supposé rejoindre les rangs d’une liste noire du Trésor des Etats-Unis. Mike Pompeo a finalement jugé la sanction « pas forcément utile »… « Pour l’instant ». Dans ces conditions extrêmement contraintes, l’Union européenne est censée trouver les moyens d’enclencher une première phase de dialogue. Interrogé lundi dernier par la chaîne CNN, un spécialiste du dossier à la Fondation Carnegie (Washington), Karim Sadjadpour, a jugé que les Européens doivent ainsi parvenir à suffisamment desserrer l’étau économique autour des Iraniens, tout en veillant que cela n’aille pas au-delà d’un seuil qui contrarie la Maison-Blanche.

Quel seuil ? Il reste impossible de le déterminer. Pour l’heure, de toute façon, l’administration Trump ne veut pas entendre parler de la désescalade réclamée par l’Europe. Dans son entretien au « Washington Post », le chef de la diplomatie américaine prévient qu’il n’est pas question d’emprunter la voie de l’administration Obama, celle d’un « désastre ». La référence permanente à la façon dont a opéré, par contraste, le précédent gouvernement montre à quel point il s’agit, aussi, de régler des comptes de politique intérieure. Et comment cela rejoint l’analyse de l’ambassadeur du Royaume-Uni aux Etats-Unis qui, mercredi dernier, a démissionné de ses fonctions après la divulgation de câbles confidentiels adressés à son ministère. Dans une nouvelle série publiée hier par le « Mail on Sunday », il écrit que l’administration Trump est condamnée à pratiquer un « vandalisme diplomatique », pour des motifs « idéologiques et des personnalité, puisque l’accord de 2015 est « celui d’Obama ». La note a été rédigée en mai 2018. Elle reste parfaitement d’actualité.