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L’affaire Khashoggi frappe la bourse de Ryad

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La bourse de Ryad n’avait pas connu un tel choc depuis 2014. Les investisseurs redoutent les conséquences de l’affaire Khashoggi

Un réel choc à l’ouverture de la bourse de Ryad ce matin (la semaine commence le dimanche et se termine le jeudi soir) : -7% dès les premières cotations, l’indice TASI (Tadawul All-shares Index) effaçait tous ses gains depuis 2018, et perdait en deux séances (après recul de 3% jeudi dans le sillage de toutes les places boursières mondiales) 50 milliards de dollars de capitalisation. Mais ce qui était imputable au climat mondial en fin de semaine dernière, ne l’était plus ce dimanche (au contraire, le marché aurait dû prendre en compte le rebond asiatique et US de vendredi), et c’est bien les développements de l’affaire Khashoggi, les soupçons qui pèsent sur le régime, qui en sont l’unique explication

Une surprise pour certains analystes, qui pensaient que seule l’évolution des prix du pétrole pouvait provoquer de tels mouvements, jamais vus depuis 2014. Jamais par exemple la bourse de Ryad n'avait été secouée par les conséquences de la guerre au Yemen. Mais cette fois-ci la pression internationale est devenue très forte en 48 heures.

Pression internationale

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne demandent ensemble à l’Arabie Saoudite et à la Turquie une « enquête crédible » sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, disparu à Istanbul le 2 octobre lors d’une visite au consulat Saoudien et qui aurait pu avoir été assassiné dans les locaux même du consulat par une équipe spécialement débarquée en Turquie pour l’occasion (selon le quotidien turc Sabah, des enregistrements effectués sur un téléphone portable grâce à la montre connectée du journaliste laissent supposer qu’il a été torturé et tué)

Les trois pays européens prennent cette affaire "très au sérieux" et demandent "des preuves complètes et détaillées". Mais ce sont surtout les déclarations de Donald Trump qui inquiètent les investisseurs. Il a assuré samedi que les Etats Unis infligeraient une « punition sévère » à l’Arabie Saoudite si son implication dans la disparition du journaliste était établie. Jamal Khashoggi s’était exilé aux Etats-Unis il y a un an, il dénonçait régulièrement dans le Washington Post, la guerre au Yémen, la répression politique dans son pays et la politique à l’égard du Qatar. Quelques stars internationales du business ont aussi commencé à donner de la voix, Richard Branson le premier qui dès jeudi soir annulait un programme d’investissement d’1 milliard $ en partenariat avec Ryad notamment sur des projets touristiques 

Ryad menace à son tour

«Les fondamentaux de l’économie saoudienne ne sont pas affectés pour le moment, mais l’hypothèse de sanctions américaines ont clairement provoqué des ventes-panique » commentait pour l’agence Reuters le directeur de l’investissement dans le Golfe du fond Franklin Templeton. A la clôture la baisse est restée limitée à 3,51% , alors que l’Arabie Saoudite prenait elle-même la parole pour affirmer qu’elle riposterai à toute sanction économique qui lui serait infligée dans ce cadre: « l’économie saoudienne a un rôle vital et influent pour l’économie mondiale » précisait l’agence officielle SPA

Les relations entre Washington et Ryad sont particulièrement tendues en ce moment du fait des prix du pétrole, que Donald Trump voudrait voir baisser davantage, mais le président américain a aussi exclu un arrêt des ventes d’armes « ce serait idiot, d’autres le feraient à notre place »

La REDACTION