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Japon: Shinzo Abe est-il en train de gagner son pari?

Shinzo Abe, le 24 janvier dernier devant la Diète japonaise.

Shinzo Abe, le 24 janvier dernier devant la Diète japonaise. - -

Le gouvernement a annoncé, ce mercredi 5 février, une hausse des salaires de 0,8% au mois de décembre, soit la plus forte progression depuis le mois de mars 2012. Un chiffre qui devrait soutenir la montée des prix, alors que la Banque du Japon vise 2% d'inflation.

Le Japon semble bien parti pour en finir avec la baisse des prix. Ce mercredi 5 février, le gouvernement a annoncé que les salaires ont augmenté de 0,8% en glissement annuel au mois de décembre, soit la progression la plus élevée depuis mars 2012.

Ces hausses de salaires vont soutenir l'inflation qui s'amorce. Ainsi, selon des données publiées vendredi 31 janvier, pour la première fois en cinq ans, les prix à la consommation ont augmenté, avec une progression sur l'ensemble de l'année 2013 de 0,4%, bien que ce chiffre s'explique en grande partie par l'augmentation des prix énergétiques.

De plus la tendance actuelle est soutenue par les dépenses anticipées des consommateurs, en vue de la prochaine hausse de trois points de TVA qui surviendra en avril. Les achats de biens durables (frigo, automobiles etc…) ont profité de ce phénomène.

Par ailleurs, le prochain round des négociations salariales ("shunto"), au printemps prochain, pourrait encore accélérer ce phénomène, en raison justement de la hausse de TVA à venir. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui a fait de la lutte contre la déflation une de ses priorités, pousse notamment en ce sens.

Une objectif d'inflation "ambitieux"

Pour autant, ce dernier est-il en train de réussir son pari? La Banque du Japon, théoriquement indépendante mais dans les faits acquise à la cause de Shinzo Abe, cible une inflation annuelle de 2%. Elle mène depuis le début de 2013 une politique monétaire accommodante dans ce sens, en soutien de la politique budgétaire expansionniste de Shinzo Abe.

Raymond Van der Putten, économiste chez BNP Paribas, estime que "cet objectif d'inflation de 2% est trop ambitieux" et table plutôt sur un taux de 1%. Il explique que les hausses de salaires sont dues aux bonus du mois de décembre et ne concernent que les employés en CDI. Or "un tiers de la population au Japon a un travail temporaire". Une hausse des prix de 2% "se traduirait alors par une perte de pouvoir d'achat", poursuit l'économiste.

En outre, la politique menée par l'exécutif a également pour effet de faire baisser le cours du yen, et de renchérir ainsi les importations. En conséquence, le Japon a enregistré un déficit commercial record en 2013 de 82 milliards d'euros.

Julien Marion