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Japon : le Yen faible nuit à la balance commerciale

La politique monétaire très accomodante du Japon a des effets pervers : ses importations plombent sa balance commerciale

La politique monétaire très accomodante du Japon a des effets pervers : ses importations plombent sa balance commerciale - -

Une monnaie faible favorise les exportations, mais rend les importations plus chères. Le Japon en a fait l’amère expérience en janvier, avec une balance commerciale plus déséquilibrée que jamais.

Le Japon, habitué aux excédents commerciaux, plonge dans le rouge au mois de janvier. L’archipel a publié ce 20 février son pire déficit commercial depuis qu’il a commencé à publier cette statistique, en 1979. Sa balance commerciale est ainsi déficitaire de 13 milliards d'euros, selon le ministère des Finances japonais.

Plusieurs raisons à cela. Le premier mois de l’année est traditionnellement médiocre pour le commerce extérieur, les Japonais ayant coutume de fêter la nouvelle année une semaine durant. Il y a également la conjoncture internationale morose, qui place le secteur électronique nippon sous tension.

Mais pour Emmanuel Lechypre, directeur de l’Observatoire BFM Business, la "raison principale de cette contre-performance est la dépréciation du yen".

Le Japon exporte plus d'énergie que jamais

Depuis l’arrivée au pouvoir en décembre de Shinzo Abe, la politique monétaire reste très accommodante et la Banque centrale japonaise continue d’actionner la planche à billets. Le Yen s’est ainsi largement déprécié face aux devises étrangères. Un moyen pour le gouvernement japonais de rendre les produits nippons plus attractifs à l’export.

Mais l’effet pervers, souligne Emmanuel Lechypre, c’est que "tous les produits que l’archipel achète à l’étranger lui coûte d’autant plus cher". Or depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, le parc nucléaire japonais est pratiquement à l’arrêt, avec deux réacteurs sur cinquante qui fonctionnent. Du coup, le Japon importe plus d’énergie que jamais. Du gaz ou des hydrocarbures, qui font "flamber la facture", explique l’analyste.

En Europe, la politique monétaire japonaise inquiète. Les chefs d’entreprises de l'Union craignent que les produits nippons soient moins chers que les leurs, en raison de la force de l’euro par rapport au yen. Mais en janvier, la dépréciation de la monnaie japonaise n’a pas eu d’effet notable sur les ventes hors des frontières de l'archipel. Elles ont augmenté de 6,4%, principalement grâce à la hausse des exportations vers les Etats-Unis et l’Asie du Sud Est.

Nina Godart et BFM Business