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Faut-il croire à une récession d'ici 18 mois ?

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Certains analystes s’alarment de la multiplication d’indices pour une récession dans les 12 à 18 mois qui viennent. D’autres sont plus mesurés. Revue d’arguments.

L’absence d’issue quant aux conflits commerciaux actuels, la perspective d’un Brexit dur, le ralentissement en Chine, les questions sur la croissance américaine…, pour certains observateurs, le cycle d’expansion touche à sa fin et le risque de récession mondiale est plus proche que jamais.

Nicolas Chéron, Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr donne le ton en listant les indices qui plaident pour cette perspective : « L’inversion de la courbe des taux et la chute libre récente du 10 ans US vers 2%, le pic des Pmi et leur chute libre depuis 12 mois, la baisse de la production industrielle mondiale, les taux de défaut sur les dettes des particuliers US, la dette des entreprises US qui atteint un record historique, le taux de chômage américain qui aura bientôt passé 12 mois sous 4% ».

Et de résumer : « Certains l’expliquent [le risque de récession, NDLR] par le durcissement des tensions commerciales en cours et à venir au regard de la politique de Donald Trump, d’autres par la fin de cycle économique inéluctable à laquelle nous allons devoir faire face, alors que nous sommes à un mois de battre le record historique du cycle économique positif le plus long de l’histoire des Etats-Unis ».

« Les banques centrales font tout pour retarder l’échéance : la FED pourrait baisser ses taux cette année. Quant à la BCE, nouveaux TLTRO et QE seront bientôt des sujets d’actualité au regard des perspectives d’inflation en chute libre, symbole de l’échec de la politique monétaire de la BCE de ces dernières années. En d’autres termes, les banques centrales font tout pour éteindre l’incendie, mais il semble déjà trop tard », ajoute Nicolas Chéron.

Les banques centrales n’ont plus de marges

« Les banques centrales n’ont presque plus de marge de manœuvre, les taux sont déjà bas et les options en cas de dérapage des marchés sont désormais réduites. Injecter plus ou baisser les taux retarderait l’échéance, certes, mais n’est-ce pas reculer pour mieux sauter voire tendre l’élastique. Parce que les officiels feront tout pour empêcher, retarder, voire dissimuler l’éventuelle mise en place d’une récession, les marchés pourraient y réagir brutalement une fois la prise de conscience des opérateurs réalisée. Cette situation inédite nous semble être le terrain propice à un accident de marché. Parce que le sentiment de marché est particulièrement binaire, il ne manque qu’une étincelle pour faire basculer les marchés de l’euphorie à un pessimisme exacerbé. Rappelons-nous avec quelle facilité les indices boursiers de la planète ont perdu 20% en quelques semaines fin 2018, cela peut aller très vite ».

Autre indice plaidant pour une récession prochaine, la courbe des cours du pétrole. « S’il y a bien un actif qui anticipe le ralentissement économique probable à venir, c’est l’or noir », souligne le spécialiste.

« En effet, les cours du pétrole ont plafonné en 2018, tout comme la macroéconomie à travers le globe, les échanges mondiaux, les perspectives économiques et le MSCI Word Index. Il n’y a pas de hasard : les opérateurs utilisent ce dernier comme un proxy anticipant le prochain ralentissement prononcé. Contrairement au Dow Jones, les cours du pétrole sont déjà baissiers à long terme depuis 10 ans et donc particulièrement exposés à une hausse de l’aversion au risque. Les cours du pétrole sont sensibles à l’appétit pour le risque et pourraient aisément perdre pied en cas d’électrochoc, de brutal changement d’attitude des opérateurs ».

Pas plus d’indices qu’il y a un an

Pour autant, pour le moment, les marchés préfèrent voir le verre à moitié plein. « Tant que les marchés ne subissent pas de choc, qu’aucun cygne noir ne se matérialise, les risques récessifs à eux seuls ne semblent pas faire basculer le sentiment des opérateurs, toujours complaisants à l’heure actuelle. Les banques centrales gardent la main et les espoirs de deal entre les USA et la Chine suffisent à soutenir les marchés actions. Evidemment les indices américains ont encore la force pour aller chercher de nouveaux records, bien sûr qu’une forte baisse de stock de pétrole pourrait le ramener à 60 dollars, le pire n’est pas certain, du moins pas pour demain. Simplement, et parce que ces scénarios conjuguant fondamentaux, analyse technique et sentiment des opérateurs ne semblent pas délirants, il convient vu les risques encourus, de ne pas les prendre à la légère ».

D’autres experts sont d’ailleurs plus mesurés. « Le cycle économique aux États-Unis ne donne pas plus de signes d’essoufflement qu’au premier trimestre 2018 il y a un an, le soutien des banques centrales et des taux durablement bas offrent une protection contre la baisse de la Bourse », estime en effet Jean-Jacques Friedman, Chief Investment Officer (CIO) de Natixis Wealth Management.

« Certains indicateurs prédictifs de récession se dégradent aux États-Unis : celui qui est le plus souvent mis en avant est l’inversion de la courbe des taux, auquel on pourrait adjoindre une érosion des pics des marges et de l’effet richesse, du fait de la correction boursière. Mais ces éléments nous apparaissent diffus et ne pas se concentrer sur un élément central, comme cela avait pu être le cas lors des alertes précédentes avec par exemple la chute du prix du pétrole et le risque associé d’une concentration sur un risque obligataire dans le secteur du gaz de schiste », ajoute l’expert.

Conclusion, « Le principal élément qui brouille la lecture des indicateurs économiques est la divergence entre les indicateurs industriels qui se dégradent et apparaîtraient proches de la récession, et des perspectives beaucoup mieux orientées sur les services, la construction et la consommation. Cette divergence est en partie liée à la guerre commerciale, mais également à la volonté de la Chine de calmer sa machine industrielle et de piloter le ralentissement structurel de son économie ».

Olivier CHICHEPORTICHE